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De Faïal à Saint Cyprien

 

 

Nous sommes arrivés à Horta sur l'île de Faïal samedi en milieu d'après-midi. Les formalités sont vite expédiées et nous avons de suite une place à la marina pourtant bondée.

Horta est l'escale incontournable des bateaux qui traversent l'Atlantique. Ici, tous les bateaux qui sont partis d'Europe à des moments différents et par des routes différentes se retrouvent au même moment. Ca fait beaucoup de monde, et donne au port une ambiance tout à fait particulière. Tous les bateaux et leurs équipages ont fait la double traversée.

Cette ambiance provoque un autre phénomène : les travaux et autres activités qui vous prennent une demi-journée partout ailleurs ne peuvent ici s'effectuer en moins de trois jours. Je m'explique, vous commencez une activité et à ce moment là, un voisin vient vous trouver pour discuter un peu, avoir votre opinion sur la météo, ou bien vous aider, le tout se termine devant un verre, et le reste de l'après-midi est passé, d'autant que d'autres équipages se sont joints à vous, ou bien, vous êtes partis ensemble rendre visite à un troisième qui a certainement besoin d'un coup de main. Ou bien encore, vous commencez à travailler, et à ce moment là, arrive dans le port un bateau que vous n'aviez pas vu depuis trois mois. Bien sûr, vous vous précipitez pour prendre ses amarres, et discuter un brin avec lui, de ce qu'il a fait depuis que vous ne vous êtes pas vus, ce qui fait que lui, vous, et tous les autres qui sont arrivés pour aider aussi, passez les 3 heures suivantes à papoter.

Il y a aussi, ici, des phénomènes curieux de contagion. Par exemple, Gecko a détoronné son bas hauban, vous le plaignez, le pauvre, d'autant que le ship local n'a pas de sertisseuse et qu'il faut un savant bricolage et des soudures curieuses pour refaire le hauban. Du coup, Obélix, par acquis de conscience décide de monter voir en haut de son mat si tout va bien pour lui, Ah ben mince ! son étai est détoronné ! Du coup, un peu inquiet, vous envoyez votre voisin, Saïd de Joce, monter en haut du mat d'Audélie voir si tout va bien, ce dont vous ne doutez pas en réalité puisque tout a été changé à Saint-Martin. Il monte : "Dis Olivier, y a un toron pété sur ton bas-hauban". "Flûte, zut et rezut"... Du coup, il va vérifier le sien de bateau, rapidement le juron arrive, lui c'est son bas-étai. Jacques de Thibou observant notre manège d'un air goguenard, mais pris d'un remord, monte en haut de son mat. Ouf tout va bien, on se moque de lui en lui disant, "C'est pas possible, regarde mieux, t'as pas dû bien voir...", il revérifie... "Merde,. mon pataras ! ". Le ship local nous accueille avec un sourire généreux (aussi généreux que ces factures sont élevées !) c'est la 47ème avarie de gréement qu'il dépanne depuis le début de la saison !!!!

A Horta, il y a tout ce qui faut pour se refaire une beauté. Pour Audélie tout d'abord, l'accastilleur, on vient d'en parler, et puis pour faire quelques retouches à sa garde-robe, le maître voilier reprendra avec professionnalisme nos réparations de fortune. Pour nous, quel bonheur après, heu enfin quelques semaines..., une vraie douche chaude avec luxe suprême savonnette et serviette blanche fleurant bon la lessive et toute chaude fournies ! On y revient et puis c'est juste à côté de la laverie et radio-ponton a prévenu, pour être sûr d'avoir une machine, il faut se présenter un quart d'heure avant l'ouverture, soit 7 h 45 et en cas de réussite, se préparer à passer la journée entière (heureusement il y a une pause déjeuner du personnel, ça permet d'en faire autant) à pister l'arrêt de son lave-linge pour relancer une autre machine, lancer le sèche-linge, etc... ça crée des liens de regarder des machines tourner toute une journée , ça devient le salon de ces dames, la solidarité féminine y joue d'ailleurs à fond lorsque ces messieurs pas très patients tentent de se glisser entre deux machines lorsque la copine est absente. Deux jours seront nécessaires pour venir à bout de cette accumulation de linge humide et nauséabond mais pendant ce temps on aura fait connaissance avec d'autres équipages comme cette dame âgée qui après des années en circumnavigation y compris en Antarctique, retourne en Allemagne avec son mari biologiste, leur voilier en acier transporte une tonne de livres, de retour au pays ils continueront à habiter leur bateau qui est ici au mouillage et qu'ils rejoignent plusieurs fois par jour à la rame parfois contre le vent, chapeau les seniors !

La tradition veut que tous les bateaux qui passent à Horta fassent une peinture sur un des murs du port. Il paraît qu'y déroger porterait malheur, le marin est, on le sait, un peu superstitieux : pas d'animal à longues oreilles à bord ni en peluches ni en pâté, on ne part pas un vendredi, ... alors même si c'est sous couvert du respect du folklore, on sait jamais, ici dans la marina, on trouve toujours un artiste au travail. Toutes les surfaces sont utilisées, les murs, les bancs, les trottoirs, le tag international est à l'honneur. Après avoir trouvé un bout de surface de béton où le dernier logo s'était effacé, nous nous sommes mis au travail : brossage du support, peinture du fond en bleu, esquisse du logo au crayon et dessin à la peinture blanche, deux jours plus tard nous nous estimons satisfaits de notre travail, nous ne sommes pas des artistes. Notre oeuvre survivra-t-elle jusqu'à notre prochain passage ?

Merlin, Thibou, Mambo, Obelix, Samos, Sol, Lou Virus, Imagine, Kadavu, Zed, Silence, ... beaucoup de voiliers familiaux sont en escale à Horta, de nombreux enfants galopent sur les quais, il faut parfois faire un appel sur la VHF pour pourvoir récupérer sa progéniture qui, tout à leurs jeux sur les bateaux des copains, se soucie peu des horaires des repas pourtant très élastiques.

Un soir, avec Patricia de Obélix, nous décidons d'organiser une soirée restau où nous convions tous les équipages français à se joindre à nous. Super soirée où nous étions 36 à table de tous horizons à parler bateau, voyage.

Les journées passent vite. Nous décidons de louer une voiture avec Merlin pour visiter l'île. Les autres équipages l'ont fait avant nous, et n'ont pas vu grand chose pour cause de mauvais temps. Une fois n'est pas coutume, nous bénéficierons d'un temps agréable pour notre périple qui commence par la caldeira qui domine toute l'île. Nous parcourons à pied les 7 km de circonférence de cet ancien cône volcanique en longeant la crête, le paysage est saisissant, le sentier n'est parfois qu'une étroite ligne aérienne entre le cratère, d'une profondeur de 400 m, occupé partiellement par un lac et les contreforts escarpés avec en ligne de fond l'océan. Parfois, il faut traverser d'épaisses et hautes haies d'hortensias dans lesquelles les filles disparaissent totalement.

    

Cette jolie promenade a aiguisé nos appétits et nous faisons une étape à Varodouro dans un petit restaurant avec vue sur la mer, poulet-frites pour tout le monde, banal certes, mais malgré les portions généreuses, un demi-poulet grillé par personne accompagné de pain aillé, nous sommes encore surpris d'en être venus à bout mais c'était tellement bon, coût de la formule : 4,5 € !

Nous poursuivons notre excursion et brutal changement de décor après l'océan de verdure du matin, nous roulons maintenant dans un désert de cendres noires, quelques ruines de maison émergent de çi de là, le phare est encore debout, il est maintenant situé à 1 km de la côte... Capelinhos le village de 2 000 âmes, c'était avant le 27 septembre 1957, avant qu'un volcan sous-marin se réveille brutalement à la pointe occidentale de l'île, provoquant par ses puissantes explosions et les retombées de lave le décor que nous découvrons maintenant. Lorsque le volcan s'est à nouveau assoupi, plus d'un an après, l'île avait gagné 2,4 km2 de superficie, l'océan depuis a commencé à grignoter ce nouveau territoire, reste ce paysage lunaire dominé par le phare, sentinelle désormais inutile.

Avant de retourner à la marina, nous rendons visite à John Van Opstal qui ouvre à tous sa maison sur les hauteurs de Horta. John est un artiste, une pièce de sa villa sert de salle d'exposition pour ses scrimshaws. L'art du scrimshaw a commencé avec la chasse à la baleine, ou plutôt de la chasse au cachalot (petit rappel zoologique, le cachalot malgré sa taille fait partie du même groupe que le dauphin, celui des odontocètes, contrairement au rorqual bleu le champion poids lourd de notre planète qui appartient au groupe des mysticètes, l'un a des dents, l'autre des fanons). Revenons à nos scrimshaws, au début graver des dents de cachalot ne constituait qu'un passe-temps pour les équipages à bord des navires baleiniers, l'art s'est affiné, c'est devenu petit à petit le domaine de quelques artistes dont John qui à raison d'une production annuelle de 400 dents gravées, se trouve actuellement devant une demande supérieure à ce qu'il peut offrir, les stocks de dents s'épuisent depuis l'interdiction de la chasse à la baleine. Récemment, alors qu'il avait été signalé un cadavre de cachalot dérivant au large de Faïal, John a affrété un navire, en pure perte, lorsqu'il est arrivé sur place, les dents avaient coulées...

Olivier est bien tenté par l'acquisition d'un scrimshaw, mais à raison de 150 € pour le plus petit modèle (les plus gros atteignent 4 000 € !), le souvenir de vacances a un prix... certain... l'achat mérite réflexion, d'autant plus que l'importation d'ivoire, puisque c'est bien de cela qui s'agit si nous en rapportons en France, est interdite. Nous remercions John pour ses explications sur la technique de gravure et son accueil chaleureux, il nous invite d'ailleurs à encourager nos amis à venir lui rendre visite même par simple curiosité.

Notre connaissance du sujet aurait été incomplète si nous n'avions pas visité la collection privée de scrimshaws du Café Sport. Des centaines de dents y sont exposées, les plus anciennes assez primitives dans leur art mais touchantes dans leur authenticité, ensuite toutes rivalisent de beauté, l'inspiration ne se limite pas aux scènes maritimes de grands voiliers et de chasse à la baleine, mais aussi au religieux, mais mon coup de coeur va aux portraits : hommes, enfants ou femmes de marins, tous plus beaux les uns que les autres, de véritables oeuvres d'art. Les scrimshaws qui illustrent ces pages appartiennent tous à cette collection.

Dans ce petit musée, est également suspendu un cadre, une photo en noir et blanc, le sujet, une tempête sur la côte de Horta, en arrière plan des habitations, les vagues qui déferlent sont énormes, mais la photo serait banale si le photographe, Peter Azevedo, propriétaire des lieux, n'avait capté sans en avoir à ce moment là conscience le profil terrifiant d'un Neptune en colère qui se dessine dans la crête d'une vague monstrueuse. Fascinant ! On ne résiste pas à l'envie de reproduire ici cette photo.

En redescendant dans le Café nous ne manquons pas de prendre une consommation dans ce lieu de rendez-vous de tous les marins du monde, de Chichester à Moitessier, de Tabarly à Lamazou, tous ceux qui ont fait escale à Horta, se sont arrêtés chez Peter, on y parle toutes les langues, on peut y faire adresser son courrier et signe des temps dans une annexe proche on y reçoit ses mails, les murs lambrissés disparaissent sous les souvenirs laissés par les marins : photos, fanions, drapeaux, morceaux de voiles dédicacées jaunies par le temps, le lieu ne manque pas de charme et on se sent fiers de faire partie de cette communauté de marins.

A Horta nous avons découvert au Musée Municipal une exposition très originale et très belle : l'oeuvre d'un homme aux doigts d'or, Euclides Rosa. Ces maquettes représentant des bateaux, des paysages ou des maisons ont été minutieusement créées dans une matière surprenante, de la moelle de figuier délicatement découpée et lamelles aussi fines que du papier à cigarette.

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Chaque jour, la marina de Horta s'offre en arrière plan le sommet du Pico, 2 351 m, point culminant des Açores mais aussi du Portugal, ce volcan occupe le centre de l'île à laquelle il a donné son nom. L'île de Pico n'est qu'à 4,5 milles de Faïal, nous décidons d'une excursion collective avec les équipages de Merlin, Thibou et Joce. C'est avec le premier ferry de la matinée que nous traversons, à Madalena nous louons un mini-bus et une voiture pour transporter notre groupe de 13 personnes, le soleil au matin est radieux, le Pico nous surplombe noir dans un ciel bleu lumineux. Omniprésent, où que l'on aille sur l'île, il suffit de se retourner pour pouvoir l'admirer, enfin si la météo le veut bien, on s'en rendra compte dès l'après-midi.

En longeant la côte, au Nord de Pico, l'île de Sao Jorge se dessine, posée sur l'horizon toute en longueur. A nos pieds, les vagues s'écrasent sur les coulées de lave figée, dans les villages les maisons traditionnelles sont blanches ou noires, mais il faut se rapprocher pour se rendre compte que toutes sont construites en basalte, laissée naturelles elles sont noires, blanchies à la chaux elles offrent un contraste spectaculaire avec cet environnement de murets de pierre de lave patiemment édifiées pour protéger de l'agression du vent des parcelles de vigne d'un vert éclatant.

Pico et ses vignobles, on y a déjà goûté, son vin blanc Terras de Lava ne manque pas de caractère, mais ce qui a fait la renommée internationale de Pico, c'est son Verdelho qui a conquit les plus grandes tables avant de quasiment disparaître après l'attaque du phylloxéra au milieu du 19ème siècle. Provenant de cépages méditerranéens, la qualité de ce vin provenait de la chaleur du sous-sol volcanique.

Mais la renommée de Pico ne se résume pas à son vignoble, le cachalot est le symbole fort de l'île. Au milieu du 18ème siècle les baleinières américaines chassaient dans les eaux des Açores, elles ont recruté sur les îles des hommes, ces mêmes hommes réputés pour leur courage dans cette chasse dangereuse, ont petit à petit chasser pour leur propre compte, une épopée légendaire était née.

Nous visitons l'usine de Cais do Pico, ce port où les cachalots étaient transformés en farines et huile. De grosses chaudières, des cuves, sont les derniers vestiges d'une industrie florissante, qui à partir de 1940 a assuré si ce n'est de la richesse du moins de l'emploi jusqu'en 1984 lorsque la chasse a été interdite. Si le musée se contente d'exposer sans expliquer, la dame qui accueille les visiteurs et qui parle français nous a livré ses souvenirs de cette période pas si lointaine, juste 20 ans, elle se souvient de l'ambiance lorsque les cachalots étaient remontés sur la cale, les hommes juchés sur l'animal pour le découper en grands quartiers, du sang qui changeait la couleur de la mer, des requins qui rodaient à l'intérieur du port et surtout l'odeur... ce n'était pas un travail facile, personne ne semble regretter cette époque. Aujourd'hui aux Açores on chasse la baleine avec une caméra vidéo ou un appareil photo, c'est l'éco-tourisme.

En début d'après-midi on visite le musée des Baleiniers de Lajes, les harpons, les outils de dépeçage et même une baleinière sur laquelle prenaient place des rameurs pour se porter au devant des baleines signalées par la vigie. Un petit reportage en noir et blanc nous montre les réalités de la pêche traditionnelle à la baleine, les hommes qui à l'appel de la vigie, abandonnaient sur le champ leur travail de la terre, leur commerce, leur atelier pour courir au port, mettre la baleinière à l'eau et souquer sur les avirons pour se rapprocher assez près de la baleine que le harponneur puisse lancer son harpon... on est loin du massacre pratiqué par les navires usines russes et japonais qui chasse au canon lance-harpon.

Nous retournons vers Madalena par la route intérieure, malheureusement le temps s'est dégradé, la pluie et un brouillard compact nous contraignent à repartir sur la route côtière faute de visibilité, il est trop tard pour prendre le premier ferry de la soirée, nous mangeons dans un bar. A la télé le Portugal dispute et gagne un match de la Coupe d'Europe de football, nous sommes toujours surpris par la retenue des gens ici, la joie de la victoire est discrète. La nuit est tombée, sur le ferry des lycéens de Pico regagnent leur établissement à Faïal.

Le lendemain le Bel-Espoir et le Rara-Avis arrivent pour une courte escale à Horta, nous les visitons tous les deux. C'est sympa pour Olivier de revoir le Bel-Espoir 30 ans après avoir navigué à son bord, il a été totalement refait et modifié, mais l'émotion est quand même là.

L'escale à Horta pourrait s'éterniser sans fin mais il faut s'avancer sur le chemin du retour et nous avons encore beaucoup à découvrir des Açores, nous décidons de larguer les amarres pour l'île de Terceira le jeudi 24 juin à minuit pour arriver à Angra le vendredi dans l'après-midi. Nous étions tentés de prendre la route Sud pour avoir une chance de croiser des baleines au Sud de Pico, là où elles sont habituellement observées mais la rencontre est incertaine et la route plus longue. Nous faisons route en compagnie de Saïd et Christiane sur Joce, nous alternons voile et moteur en longeant l'île de Sao Jorge avant de piquer au nord vers Terceira. La mer est un peu houleuse mais rien de bien méchant.

Nous arrivons à 14 h à Angra, la marina est nichée dans l'écrin de cette ville classée au Patrimoine Mondial de l'humanité, elle est toute neuve, inaugurée il y a tout juste une semaine. Nous sommes accueillis par les équipages d'Obélix, Mambo, Haliotis que nous retrouvons avec plaisir, nous avions passé de bons moments à Horta tous ensemble, nous sommes aussi contents de retrouver Didier de Balum qui fait à Angra sa dernière escale açorienne avant de faire route vers la Bretagne. Un peu avant la tombée de la nuit, arrivent Merlin et Thibou ; la marina est pleine maintenant.

Les fêtes Sanjoaninas ont déjà commencé mais la météo est exécrable et des manifestations doivent être annulées. Le soir nous découvrons une ville superbe avec ses rues pavées, ses très belles façades d'immeubles datant du 17 et 18ème siècle, Angra a revêtu son costume de fête : de très beaux bouquets de fleurs ornent les balcons, des arches lumineuses rejoignent les balcons au dessus de nos têtes. En 1981 un séisme a détruit la ville à 80 %, elle a été reconstruite à l'identique et c'est une véritable réussite, un modèle à suivre.

Munis d'un programme des festivités en portugais, nous organisons nos journées pour profiter au mieux des spectacles, concerts de jazz ou de variétés nationale et internationale (Simple Minds deux jours avant notre arrivée), corridas, défilés, compétitions sportives, une semaine de réjouissances non stop.

Nous assistons dès le deuxième jour à une "tourada a corda". C'est une sorte de corrida : vous prenez un taureau, pas une vachette, vous attachez à ses cornes une corde que retiennent quatre hommes robustes et vous lâchez le fauve dans les rues ou sur la cale du port comme aujourd'hui.

Tout le monde a le droit de montrer son courage en venant narguer le taureau avec un bout de tissu, un parapluie ouvert, voire rien du tout ; dans l'eau des amateurs de frissons sont juchés sur des engins flottants que le taureau n'hésite pas à charger en se jetant à l'eau, il suffit donc de courir ou de plonger à point. Le public est censé être protégé par les quatre gaillards qui doivent freiner l'élan de l'animal. Beaucoup de rires dans la foule, mais l'année passée, ce sport local a provoqué des décès.

Un après-midi, les enfants ont déserté le port pour aller jouer au parc qui domine la marina, les femmes de nos équipages se sont passionnées pour un concours de danse, et ont abandonné leurs bateaux respectifs.

A la fin de la journée, les enfants affamés ont rappliqué. Il a fallu s'organiser ! C'est Antoine (14 ans) qui a pris les choses en main et a décidé de nourrir avec des pâtes la dizaine d'enfants sans mère regroupés sur Obélix.

Les hommes dégagés de contrainte familiale pouvaient se retrouver sur Audélie pour un petit apéro suivi de quelques pizzas. Sur la photo, il y a donc de droite à gauche : Christophe de Merlin, Jacques de Thibou, Arnaud d'Obélix, Yohan de Mambo et Saïd de Joce.

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Tout le monde se retrouvera ensuite pour partir en ville assister au grand défilé du soir, qui restera un moment fort de notre séjour à Terceira, chaque commune de l'île est représentée par un groupe qui défile en dansant et en chantant accompagné par son propre philharmonique, les danseurs sont de tous âges et tous sont souriants, visiblement heureux d'être là, c'est communicatif, faute de connaître le texte des chansons, on se met à fredonner l'air pour les accompagner. Une douzaine de groupes se succèdent, dans des costumes créés chaque année pour l'occasion.

Le défilé a commencé tardivement et les enfants qui ont couru toute la journée demandent grâce, les papas se "dévouent" pour mettre tout se petit monde au lit, et restent sur le terrain un noyau dur féminin : Christiane, Isabelle, Patricia, Annick, notre petite Emilie qui résiste encore, l'infatigable Toinette et... le courageux Saïd. Nous accompagnons le parcours du dernier groupe en chantant, ils sont superbes : les femmes dans leurs robes de satin blanc ornées d'hortensias, les hommes en costume de maquignon, la mélodie restera dans nos têtes longtemps après que nous nous séparions à 4 h du matin sur la Place de la Mairie, terme du défilé, où un orchestre de jazz attendait de prendre le relais.

Après quelques heures de sommeil, on repart tous ensemble pour une journée de festivités, ce dimanche là à Angra c'est jour de fête du Saint-Esprit. Contrairement à Flores, on peut assister à la procession qui part de l'église, accompagnée du philharmonique, les petites filles en robe blanche, les petits garçons en costume, portent la couronne, symbole du Saint-Esprit. Des patchworks décorent les balcons des maisons d'une rue fermée à la circulation pour l'occasion, la procession se disperse lorsqu'elle arrive devant l'imperio, cette petite chapelle dédiée au Saint-Esprit. Le repas peut commencer, comme à Flores mais à une autre échelle : deux tables de 450 personnes chacune serpentent tout au long de la rue, c'est un pick-up dont la plateforme est couverte de soupières qui fait le service. Un deuxième service est organisé, à notre tour nous nous régalons de ce repas traditionnel auquel sont conviés les étrangers que nous sommes comme autrefois la table était ouverte aux pauvres. En centre-ville, l'attraction du moment est une course de baignoires sur les pentes des rues pavées. Les fêtes se terminent le soir par un feu d'artifice tiré dans la baie.

Lundi, apéritif "dînatoire" sur le quai de la marina, tous les équipages français sont là. Emilie souffle les 9 bougies de son gâteau d'anniversaire, devant tout plein d'amis pour l'applaudir, ses yeux brillent devant tous les cadeaux des uns et des autres, un anniversaire pas comme les autres. Une grande partie de foot suivra, encore une soirée de fête réussie !

Le rythme de ces derniers jours a été soutenu, l'équipage de Mambo part demain, pour se reposer en mer disent-ils ! Ce n'est pas à l'ordre du jour des équipages de Merlin, Thibou, Joce et Audélie puisque le lendemain nous partons faire le tour de l'île de Terceira en voiture.

Le beau temps est au rendez vous et l'île, encore différente des autres, est splendide, les hortensias sont fleuris, les forêts de cryptomérias paisibles, la caldeira si grande que l'on n'en distingue pas les bords. Dans chaque village, un imperio, notre tour de l'île tourne au rallye photographique de ces petits édifices plus colorés les uns que les autres.

Nous nous perdons aussi beaucoup faute de signalisation, cela nous donne l'occasion de demander notre chemin à un vieux monsieur jugé sur son âne. Pause déjeuner dans un petit café-restaurant, menu à 5 € comme d'hab !

L'après-midi nous assurons un franc succès auprès des enfants, nous sommes tous équipés d'un casque de spéléo et d'un petit sac à dos pour transporter la batterie de la lampe frontale, prêts à parcourir une vieille galerie creusée par la lave, la lave n'y coule plus, une source court le long du parcours, le sol est inégal et le plafond parfois bas. Nous débouchons au soleil quelques centaines de mètres plus loin.

Notre après-midi continue sous le signe du volcanisme, Algar do Corvao est une grotte où se sont développées des stalactites, l'originalité du lieu est que nous nous trouvons en fait dans l'ancienne cheminée d'un volcan. Puis nous nous rendons aux Furnas de Enxofre (les "fumasses" comme dit Christiane), dans un paysage de mousses des fumeroles s'échappent du sous-sol, le soufre colore le terrain de teintes ocres, la terre est chaude, parfois même brûlante, nous nous sentons ici si proches des entrailles de la terre.

En retournant à Angra, nous traversons la terre des taureaux qui paissent dans les prairies vallonnées : des propriétés d'élevage alimentent les populaires touradas de l'île, les "touradas a corda" et "de praça", c'est à dire dans l'arène traditionnelle mais sans mise à mort.

Joce et Audélie ont décidé de partir dès le lendemain pour l'île de Sao Miguel, dernière de nos escales açoriennes. D'autres équipages sont déjà partis, certains restent plus longtemps.

Les amarres sont larguées à 17 heures. Le vent est absent, nous traversons au moteur et arrivons à la marina de Punta Delgada le jeudi à midi. Beaucoup de monde, nous sommes à couple le long d'un quai en troisième position. Au fil des jours, nous nous retrouverons le long du quai, à couple avec Joce.

Ponta Delgada est la capitale administrative de la région autonome des Açores. L'arrivée à Ponta Delgada provoque un choc en arrivant de la très belle Angra do Heroismo : un grand port de commerce, un front de mer présentant de hauts immeubles de béton, une marina isolée. Heureusement en nous promenant en centre ville nous découvrirons des quartiers plein de charme aux rues toujours pavées, aux très beaux édifices religieux.

Emilie, depuis qu'elle avait parcouru notre guide des îles de l'Atlantique pendant la traversée, associait Ponta Delgada au mot magique de piscine, celle figurant sur la photo aérienne de la marina. Elles l'avaient tellement rêvé cette piscine qu'on ne pouvait pas faire escale ici sans y aller, Je les accompagne, Claire saute inlassablement du plongeoir haut de trois mètres, entraînant sa mère ("même pas peur"), Emilie, plus prudente, se contente de l'étage inférieur, .

Michel de Yagan est déjà venu plusieurs fois à Sao Miguel et nous propose de nous guider pour faire le tour de l'île. Ce sont donc les équipages de Elan, Joce, Yagan et Audélie qui partent en visite. Chance, pour le prix d'une journée, nous pouvons prendre 2 Clio un jour et demi. Dès 17 h vendredi, nous commençons une première ballade dans le sud de l'île.

Sur la route, nous dépassons à plusieurs reprises des chevaux, c'est l'heure de la tournée des laitiers, le cavalier partage le dos de sa monture avec un énorme bidon de lait. Petit arrêt au bord du paisible Lac de Furnas puis Michel nous emmène à Furnas, une petite ville surprenante où d'importantes fumerolles sortent du sol par des bouches béantes, ou des cratères éructent une eau bouillante et chargée de gaz. De nombreuses fontaines : l'eau y coule fraîche ou bouillante. Encouragés par un jeune homme venu remplir des bidons, on y goûte : c'est aussi pétillant que du Perrier mais alors le goût est franchement infect, on a l'impression d'avoir sucé un clou rouillé, c'est sûr elle est ferrugineuse ! Je ne suis pas d'un naturel inquiet mais je frémis aux jeux dangereux que pourraient s'inventer les enfants de ce village dans ce décor naturel semé de pièges brûlants sans protection.    

Avant de rentrer à la marina, nous faisons une halte à Vila Franca do Campo, joli petit port de pêche où les bateaux très colorés sont hissés sur la cale.

Le lendemain matin, direction la caldeira dos Sete Cidades, depuis la crête le panorama est sublime, à nos pieds dans un écrin de forêts de cryptomerias, de massifs d'hortensias, de pâturages, deux lacs nommés Lac Bleu et Lac Vert tout simplement.

Michel et Bernard prennent le volant des Clio et nous poursuivons à pied notre descente au fond de la caldeira, à droite les lacs, à gauche l'Océan, c'est tellement beau qu'on prend tout notre temps, découvrant au gré des points de vue, de nouveaux cratères secondaires, au détour du sentier on croise un troupeau de jeunes vaches qui apeurées rebroussent chemin au grand galop. Au terme du sentier, on retrouve nos chauffeurs, déjeuner à Sete Cidades et on continue sur Ribeira Grande sur la côte Nord, la ville compte de jolies bâtisses et d'agréables jardins mariant avec bonheur la rivière et les espaces verts ; pause gourmande pour une glace à l'ombre de metrosideros, arbres surprenants.

Mais ne nous attardons pas, l'île est grande, les sites éloignés et pour rien au monde nous ne voulons manquer la baignade promise par Michel. Quelques kilomètres plus loin et au bout d'un petit sentier pédestre dans un décor de fougères arborescentes, la Caldeira Velha. Maillot de bain et hop nous voilà à barboter dans la petite retenue d'eau alimentée par une cascade. L'eau est naturellement rouge et à une température proche de celle du corps, sous la cascade séance de balnéothérapie et surprise les chutes ne sont pas toutes à la même température, plus ou moins chaude mais toujours un goût prononcé de fer. Malgré la température estivale, il fait frais en sortant de ce bain chaud.

Les Açores ne cesseront donc jamais de nous surprendre, il reste tant à voir, les champs de culture de thé, les serres d'ananas qu'on cultive ici à Sao Miguel, le Nordeste,... forcément nous reviendrons. Nous retournons vers Ponta Delgada, moment de grâce au Lagoa do Fogo quelques minutes avant que la brume n'envahisse le cratère, le site est majestueux et sauvage. Un peu plus tard, Michel fait arrêter notre convoi au bord de la route et sous l'oeil sûrement consterné d'un éleveur allant voir ses vaches déguise un massif d'hortensias avec casquettes et lunettes de soleil, le résultat nous fait beaucoup rire. Une joyeuse bande d'ados en vadrouille, je vous dis !

Les deux jours suivants, promenade en ville, courses, et glace le soir à la terrasse d'un glacier qui a la bonne idée de proposer aussi de la caïpirina, ce sera un peu le rendez-vous en soirée des équipages pendant notre séjour à Ponta Delgada.

Mardi à midi, Joce et nous sommes prêts à entreprendre la dernière grande traversée du périple : 1 000 miles pour rejoindre Gibraltar. La météo est consultée, tout va bien de ce côté là, il fait beau. Nous partons ensemble.

A la sortie du port, nous croisons Merlin qui arrive de Terceira. On se salue, on papote un peu à la VHF. C'est probablement la dernière fois que nous nous voyons.

Cette première après midi se fera en grande partie à la voile, au près serré, avec 10/15 noeuds de vent et une mer plate. Suivra une nuit et une demi-journée de pétole au moteur, puis le vent s'établit N-NE, et nous arrivons en gros à tenir notre cap en faisant encore du prés serré.

Les jours suivants verront le vent monter graduellement jusqu'à force 7 avec une mer très forte (dixit RFI) et une houle croisée. Comme pour le coup de vent précédent, je ne veux pas prendre la fuite sinon, nous descendrions trop au Sud. J'apprendrais plus tard que Joce a pris la fuite pendant 48 heures et qu'il s'est retrouvé à la hauteur de Casablanca. Il a mis 2 jours de plus pour remonter vers le nord.

Les déferlantes se succèdent, et nous sommes sous grand voile à 3 ris et valeur d'un tourmentin à l'avant. L'avant du bateau jusqu'au mat passe plus de temps sous l'eau que dessus et du coup, le panneau avant commence à en laisser passer. C'est le dernier panneau que je n'avais pas démonté pour refaire je joint. La vie à bord est redevenue très pénible, avec beaucoup de bruit, de chocs violents, de gîte permanente. Claire s'installe dans le carré, elle a dû abandonner sa couchette de la cabine qui se trouve maintenant sous un goutte à goutte permanent.

Après 2 jours de ce régime, la mer et le vent reprennent un peu de calme, et nous recommençons à avancer correctement. Et, à l'inverse du départ, le vent diminue graduellement, et nous entrons dans le golfe de Cadix au moteur.

La météo et Daniel, bien qu'en désaccord sur la force du vent, nous annoncent tous les deux qu'il ne nous sera pas possible de passer Gibraltar dans la foulée. Les vents d'Est sont persistants et nous ferment la porte de la Méditerranée. Daniel pense qu'en fin de semaine, il devrait y avoir une renverse à l'Ouest.

Nous pourrions attendre à l'abri à Cadix, mais ça nous ferait arriver de nuit, aussi, n'étant plus qu'à 40 miles de Portimao, au Portugal, à l'Est du Cap Saint Vincent, nous décidons d'y aller.

Nous croisons le rail des cargos, et... le moteur s'arrête net. Y'a un truc dans l'hélice. Valérie plonge.... Brrrr elle est froide (20°). En effet, nous avons entortillé une énorme bâche en plastique. Le bateau est scotché, nous avons un cargo à 400 mètres qui nous vient dessus, pas de vent ! Hou que c'est pas bon tout ça... J'appelle le cargo à la VHF, il ne répond pas, mais je le vois tout doucement virer légèrement, il nous passe à 50 mètres. Plein d'autres sont en vue, pendant ce temps là, Valérie, un peu stressée par le trafic, ne s'en sort pas et s'essouffle. Je plonge aussi (brrrr... aussi) et en plongeant chacun notre tour, nous mettrons une heure à dégager l'hélice.

Nous remettons en route, mais nous sommes tous les deux totalement lessivés et bleus comme des schtroumpfs a cause de l'antifouling. C'est au moment où nous reprenons notre souffle qu'Emilie nous interpelle "C'est quand qu'on mange ?", et que Claire dans la foulée nous déclare "La pompe des WC est toute dure, ça marche plus !".

Pffff.... Le tuyau d'évacuation est colmaté par le calcaire, "Y faut y mettre du Calgon !" dit la pub, en réalité il faut démonter le tuyau (beeurk) et à grands coups de manivelle de winch sur le tuyau armé, le calcaire explose en petits fragments, le cockpit est en rempli (rebeeurk), Olivier peut remonter l'objet du délit, une heure après le début des opérations, l'engin fonctionne à nouveau. Je peux tout nettoyer. Dire qu'y en a qui appellent ça de la plaisance !

Un peu plus tard, des dauphins viennent nous dire bonjour, c'est court mais toujours aussi magique, merci les dauphins !

17 h, nous entrons au port de Portimao. Si tout se passe comme prévu, nous repartirons samedi 17 juillet au matin pour passer Gibraltar.

A Portimao, la marina est quasiment vide, il faut dire que son tarif est assez prohibitif, on fait la connaissance de Alain, Perrine et Lucie sur leur Etap 30 qui vient de Normandie, de Roro sur son Evasion 29 qui vient de Bordeaux, la goélette Silence est aussi au mouillage. Mais le coeur n'y est plus, les vacations BLU nous permettent de garder le contact avec les bateaux qui rentrent sur la côte Atlantique, mais ça sent la fin. Pas envie de faire du tourisme, on reprends la mer pour rejoindre Gibraltar.

Pas de vent, une visibilité moyenne, moteur et radar. On débouche dans la baie de Gibraltar, saisis à la gorge par l'odeur épouvantable qui y règne, la brume maintient comme sous une cloche à fromage les gaz des raffineries, la pollution de la ville, on se prend à rêver à Flores et ses vertes prairies.

On va à MarinaBay pour ne pas avoir à gonfler l'annexe. Daniel, à la vacation radio du matin nous parle de Baudouin qui est aussi à Gibraltar, ce dernier intervient en fréquence, et nous rejoint quelques instants plus tard, apéro. Après un tour complet de la Méditerranée sur son Maracuja, il s'attaque à l'Atlantique. Quand ceux qui rentrent croisent ceux qui partent... Baudouin nous promet de nous donner des nouvelles.

L'escale sera courte, un tour en ville pour un bain de foule, mais surprise on retrouve en compagnie de Roro, Georges rencontré à Horta sur son bateau rouge Orris, évidemment ça conclue la soirée par un apéro.

Le lendemain, cap sur les Baléares. Moteur, moteur, moteur, il fait chaud, on s'arrête un petit moment pour se baigner. Après 36 heures de moteur, toujours pas de vent. Nous décidons de faire une escale à Alméria. La marina est petite, mais il y a encore de la place. Nous visitons cette grande ville andalouse à la très forte influence arabe, sa cathédrale qui ressemble à une forteresse, son très ancien château.

 

Le vent n'est toujours pas au rendez-vous, mais une dépression est attendue dans 3 ou 4 jours, alors nous repartons dès vendredi matin pour les Baléares.

48 heures de moteur plus tard (pour dire toute la vérité on a tout de même navigué pendant près de 3 heures à la voile !) nous jetons l'ancre dans la baie d'Espalmador. C'est dimanche, le mouillage est saturé, l'eau pas aussi claire que d'habitude. Notre escale fétiche de Méditerranée souffre des comparaisons inconscientes avec Barbuda. Nous passons malgré tout quelques jours à profiter du soleil et de la mer chaude.

Joce nous rejoint le mercredi, nous sommes contents de partager cette fin de voyage, on prolonge l'illusion. Soirée sur Audélie, on se rappelle nos parcours et découvrons avec une grande surprise que si nous avons fait connaissance aux Açores, nous avons partagé en même temps la même marina (La Gomera) et sur une photo que Valérie a pris au mouillage de Palmeira au Cap Vert, Saïd reconnaît son bateau. Promenade sur l'île, soirée pique-nique sur la plage.

Vendredi 30 Juillet, nous quittons ensemble Espalmador pour une journée de mer qui nous amène à Santa Ponza sur l'île de Majorque, juste une escale pour la nuit, le lendemain à Puerto Soller nous rencontrons Gérard notre voisin de ponton de St Cyprien qui nous donne les potins du port.

Dès dimanche, Joce lève l'ancre pour Barcelone, nous nous sommes donnés rendez-vous à Puerto de la Selva. Nous quittons Puerto Soller quelques instants plus tard pour nous rendre à Pollensa, navigation sans vent mais mer calme et le décor grandiose des falaises de la côte Ouest de Majorque, tout se gâte au passage du Cap Formentor. Chaos de vagues provoqué par les vedettes à moteur de toutes tailles qui rentrent au port les poignées de gaz en butée en cette fin de week-end. Sans appui des voiles, Audélie est très inconfortable, on prie pour que ces prétentieux crétins motorisés qui s'amusent à nous friser les moustaches ne soient pas en pilotage automatique, ce serait dommage de se faire couler maintenant !

Jean-Yves et Josée rencontrés l'an dernier à Madère et aux Canarie nous attendaient. Très sympathiques retrouvailles, nous passons 2 jours agréables en leur compagnie puis la météo annonçant un coup de tramontane, nous décidons de poursuivre notre remontée avant son arrivée.

Nous levons l'ancre avant le lever du soleil et faisons route vers Cadaqués où nous devons retrouver Paul, le frère d'Olivier en vacances sur la côte sur son Tahiti ketch. Vent nul jusqu'à 5 h, où la Tram commence à rentrer au passage du Cap San Sebastian, Audélie tape dans les courtes vagues, Emilie a le mal de mer, les bateaux désertent les mouillages devant lesquels nous passons, on est soulagés que Paul arrivé la veille ait pu nous réserver la dernière bouée disponible à Cadaqués, on se voyait mal continuer la route !

Parenthèse : la navigation commence à devenir en effet problématique dans le secteur. Nous avons appris que le mouillage de Port Lligat au Sud du Cap Creus n'est plus autorisé, dorénavant il y a des bouées mais il semblerait qu'elles soient déjà toutes réservées. Mouillage interdit aussi à Cadaqués mais on peut prendre une bouée. Bienvenue sur la Costa Brava ! Les tarifs de marinas comme La Escala ou El Estartit étaient déjà franchement dissuasifs, il restait des ports sans prétention comme San Feliu de Guixol dont le prix modeste faisait oublier le confort sommaire... histoire ancienne, le confort reste le même, il faut continuer entre autres à escalader le balcon avant pour monter sur le quai conçu pour les navires de pêche mais pour un tarif exorbitant : 50 € la nuit !

La boucle est d'une certaine manière bouclée. Paul et Véronique étaient venus à Puerto de la Selva en juillet 2003 pour nous souhaiter bon vent, douze mois plus tard ils sont là pour nous accueillir. C'est avec un grand plaisir que nous nous retrouvons. Paul, fervent lecteur de notre site Web, chambre Olivier sur le triste sort qui l'attend par un "Bienvenue parmi les masses laborieuses, fini les vacances, il va falloir cotiser, cotiser, pour avoir, peut-être, le droit, l'âge venu, de pouvoir repartir", et de nous abreuver par un déluge de mauvaises nouvelles auxquelles nous nous sommes soustraits ces derniers mois, en bref rien ne va plus dans l'hexagone : le prix de l'essence, les taxes, la réforme des retraites, le pouvoir d'achat, nos gouvernants, etc, etc...

Saïd et Christiane arrivent le lendemain à Cadaqués, nous sommes contents de pouvoir passer une dernière journée ensemble avant que nos routes se séparent définitivement, ils rentrent sur Port Camargue, Joce va être vendu, une nouvelle vie de terriens à organiser.

Oana et Audélie quittent le mouillage vendredi en milieu d'après-midi, Valérie prend une série de photos du joli petit gréement aurique aux voiles cachou que Paul et Véronique entretiennent avec fierté et passion. Après le passage du Cap Creus, Oana s'éloigne dans notre sillage. Cap sur Saint Cyprien, le vent qui nous accompagne dans les derniers miles pousse Audélie à bonne vitesse, les voiles en ciseaux. Passage de la digue, notre Dufour 4800 regagne sa place de ponton, joyeuses retrouvailles avec les copains. Qui sera le prochain à prendre la route des îles ?

   
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