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Antigua - Saint-Martin

 

 

Arrivés de nuit, nous découvrons à notre réveil English Harbour, le repaire de l'Amiral Nelson. Ce valeureux Amiral du XVIIIème siècle, maître incontesté de la stratégie navale, qui rappelons-le a défait les Français à Trafalgar, avait imaginé cette base pour sa flotte. Il y avait d'ailleurs construit un arsenal qui est aujourd'hui en grande partie rénové et qui fait le charme de cette escale. Aujourd'hui, les quartiers des officiers ont été transformés en hôtel à l'ambiance feutrée, et le maître voilier coupe aujourd'hui des voiles pour les yachts. Antigua, est en effet devenue un des haut lieux planétaires du yachting : les nations s'y affrontent, mais entre 3 bouées et si on entend encore le canon, c'est pour donner le départ des régates.

Comme toute arrivée en terre étrangère, à plus forte raison en terre anglaise même si Antigua est une île indépendante, il faut commencer par la clearance. Je me rends à terre pour faire les formalités pendant que les filles et Valérie travaillent les cours du CNED. Débarquement à un joli ponton en bois à annexes, pavés pour les allées, impeccables pelouses pour le regard, palmiers pour la touche Caraïbes, et bâtiments d'époque : solides murs de brique et toits de bardeau. Tout est restauré dans l'esprit du XVIIIème : boutiques, épiceries, administrations occupent les différents bâtiments de l'ancien arsenal. On me soutire quelques EC pour le "Permit Cruising", droit de navigation dans les eaux de Antigua et Barbuda, quelques autres EC pour la taxe de séjour dans English Harbour, plus quelques petites taxes locales pour faire bonne mesure.

L'après-midi, nous nous promenons sur cette presqu'île entre deux baies, fermée à la circulation, qu'occupe l'arsenal, nous sommes conquis par ce décor plein de charme. Nous croisons l'équipage de Néré qui vient faire sa clearance de sortie et qui remonte vers Saint-Martin avant d'entamer sa traversée de retour.

English Harbour abrite quelques yachts magnifiques comme le splendide trois-mâts Shenandoah, le 12 m J Velsheda, et d'autres qui font partie des plus belles unités au monde. Les équipages de tous ces voiliers rincent, briquent, poncent, vernissent, polishent, combattent la peau de chamois à la main la moindre goutte d'eau qui viendrait altérer le parfait brillant des énormes winches qui servent à embraquer les écoutes des gigantesques voiles coupées chez les plus grands voiliers.

Dés le lendemain, nous partons jeter l'ancre dans la baie voisine qui est gratuite, bien plus grande et où l'eau est plus claire. Côté plage, notre voisin de mouillage immédiat est un très joli plan Fife battant pavillon italien dénommé Latifa, côté chenal d'accès à la marina, c'est un va et vient incessant des plus grandes unités qui croisent sur la planète. Nous y passons quelques jours, CNED, baignades autour du bateau ou sur la superbe plage devant laquelle nous sommes mouillés et promenades le long du port occupent nos journées.

Antigua est réputée dans le monde de la voile pour sa "Sailing week" où se retrouvent tous les voiliers qui ont passé l'hiver aux Antilles et qui s'affrontent en régates avant le retour vers l'Europe ou de nouvelles destinations avant la saison des cyclones. Mais ce qui nous intéresse surtout c'est la "Classic yacht regatta" qui la précède. Ces rencontres entre les voiliers de l'âge d'or du yachting ne commencent que dans une semaine, aussi, décidons nous d'aller passer quelques jours sur l'île de Barbuda, à 30 milles au nord.

Comme nous ne sommes pas pressés, nous souhaitons faire une escale à Saint-John, la capitale d'Antigua. Peu après la sortie de la baie, il y a une longue barrière de récifs que je décide de contourner par l'extérieur, mais nous croisons de nombreux voiliers qui empruntent la route intérieure... Je m'y risquerais peut-être au retour...

A 14 h 30, nous sommes au fond du port de St John, dans la toute petite zone destinée aux bateaux de plaisance, d'ailleurs, il n'y a qu'un autre voilier. Nous jetons l'ancre qui n'accroche absolument pas. Après plusieurs tentatives, il faut se rendre à l'évidence, il nous est impossible de rester là, le seul fait d'embrayer la marche arrière malgré les trente mètres de chaîne et le fait qu'il y ait peu de fond nous fait reculer inexorablement, comme s'il n'y avait pas d'ancre.

Nous repartons et allons mouiller dans une baie voisine, dont l'entrée est un peu obstruée par une épave mais qui dispose d'une plage superbe. Nous mouillons sans problème par 3 mètres de fond. Même si la quille d'Audélie n'est qu'à un mètre du fond, nous ne distinguons rien, l'eau a une couleur laiteuse, pas transparente du tout, nous rencontrons parfois ce phénomène dans certains mouillages sans pouvoir expliquer pourquoi. La nuit promet d'être tranquille. Promesse non tenue, un bateau sono débarque vers 23 h pour une soirée endiablée sur la plage.

Nous repartons pour Barbuda au matin, vers 8 h. Un petit vent d'Est de force 2 à 3 nous permet de faire une bonne partie de la traversée à la voile.

L'île, très plate, se découvre au dernier moment. Je suis un peu inquiet pour l'arrivée, le guide nautique conseille de bien faire attention car de nombreux pâtés de coraux jalonnent la baie de Cocoa Point où nous nous rendons. La carte papier a été soigneusement examinée, et les zones de coraux sont approximativement situées au même endroit que sur la carte électronique sur laquelle on peut également visualiser la position du bateau.

Le soleil est dans le dos, nous faisons donc une arrivée dans les règles, un oeil sur la position du bateau sur la carte électronique, l'autre sur l'eau en direction de la zone de mouillage où il y a 2 ou 3 bateaux. Je commence à respirer, d'autant que d'après la carte, nous sommes maintenant dans une zone saine, et que tous les bateaux sont mouillés là. Valérie m'interpelle : "C'est normal, cette tâche sombre là devant ? On dirait des coraux !" Aie, à 10 mètres devant, un banc affleurant..., un coup de barre à droite, oh, là un autre. Je suis un peu paumé, d'autant que le repérage à la couleur de l'eau n'est pas évident, l'eau est bleu/vert piscine et les tâches plus sombres peuvent signifier soit une patate à faible profondeur, soit un fond plus important. Nous passons en serrant les fesses sur une ou deux tâches sombres avant de jeter l'ancre. Il faut se rendre à l'évidence, les cartes sont inexactes ! Le corail est un être vivant et il est possible que cette patate soit postérieure aux dernières mises à jour. Finalement, il faut y aller très très lentement, un observateur posté sur le balcon avant pour prévenir le barreur très rapidement qui n'a que très peu de temps pour infléchir la route.

On vous plante le décor.

A quelques brasses du bateau : la plage, dix kilomètres d'un sable blanc immaculé, quelques cocotiers, et à chaque extrémité un hôtel de luxe : le client s'aventure rarement à plus de 100 mètres de son confortable bungalow, le silence est parfois rompu par le cri de quelques frégates, voilà pour le côté terre.

Côté mouillage, Audélie se balance tout doucement au dessus d'une piscine aux tons verts et bleus, on n'est pas encore blasés, ces couleurs on ne s'en lasse pas, on en redemande, le regard se fait rêveur, voire interrogateur, y a t-il une vie possible en dehors de ce décor (les jours passent et le moral du Capitaine à l'idée du retour...). M'enfin, savourons le moment présent ! 28° sur le pont, 28° dans l'eau, allons faire un peu de snorkeling (c'est de l'anglais, bref de la plongée sans bouteille). La chasse sous marine est interdite, les poissons sont au courant, vous évoluez dans un aquarium, les plus beaux poissons vous entourent, on joue à cache-cache avec les tortues entre les gorgones et les massifs coralliens. On rencontrera même une raie pastenague et une splendide raie léopard. Même si le corail n'a plus la splendeur d'il y a quelques années, ces plongées demeurent un enchantement.

Le lendemain, les 2 bateaux sont partis, et nous passerons une demi journée seuls dans cette immense baie. La plage est un plaisir qu'il faut toutefois mériter, des rouleaux, certes pas très hauts, sont suffisants pour retourner ou inonder une annexe qui raterait son arrivée. D'ailleurs, pendant le séjour, nous assisterons au superbe retournement d'une annexe avec ses passagers et son moteur allumé ! Quand ça arrive aux autres, ça fait toujours rire !

  

  

Nous reprenons le rythme des matinées de CNED suivie des baignades et des balades sur la plage.

Des bateaux arrivent et repartent, nous en regardons un arriver du large, bien en ligne droite, personne à l'avant, un très grand voilier pourtant, je suis d'autant plus surpris qu'il me semble bien que juste devant lui, j'ai repéré une patate immergée à 1 mètre de fond. Il doit avancer à 3/4 noeuds. On entend "bong" (il doit être en acier) et il stoppe brutalement. Il recule un peu, jette l'ancre, et une discussion un peu animée se tient à l'avant du bateau. Moi j'aurais plongé de suite voir les dégâts, eux se sont baignés tranquillement à l'arrière et ne se sont plus occupés de rien.

Quelques jours passent, et durant une sieste méritée dans le cockpit, on m'interpelle, "Hé Audélie, Hou-Hou, Olivier ?" C'est Moana qui arrive. Nous rajoutons donc à nos activités quotidiennes quelques apéritifs. Les cinq enfants s'amusent comme des fous, plongent sous les vagues, courent sur la plage pour se rouler frénétiquement dans le sable si doux et ainsi vêtus de leur pyjama blanc repartent en courant s'immerger dans les flots cristallins.

 

Déjà une semaine dans ce paradis, dont 3 jours avec Moana. Il faut songer à en repartir. Vendredi 9 Avril à 8 h nous levons l'ancre, je me mets à l'avant, nous zigzaguons un peu entre les patates et repartons vers Antigua après avoir dit au revoir à Moana que nous devrions cependant revoir encore une fois à Falmouth Bay où ils doivent aussi passer.

Peu ou pas de vent, nous faisons notre route au moteur. Nous passons cette fois entre les bancs de récifs et la côte. Nous apercevrons plusieurs tortues qui plongent à notre approche. Nous mouillons a 17 h 30 à Falmouth Harbour.

Le lendemain matin, nous refaisons notre mouillage, étant un peu près de nos voisins puis nous nous rendons sur la plage voisine pour admirer les bateaux qui participent à la course du jour. Des voiliers modernes se mesurent aux Classes J, l'issue de l'affrontement restera une inconnue mais le spectacle est superbe.

Nous sommes depuis 2 jours déjà à l'ancre, le vent a tourné. Je m'apprête à aller faire le plein d'eau avec des bidons et l'annexe, une rafale un peu forte se produit, Audélie recule... et l'ancre décroche, comme un bateau a mouillé cette nuit tout près de nous, nous sommes sur lui en quelque secondes. Le moteur est immédiatement mis en route, nous évitons le choc en débordant à la main le voilier sur lequel nous venons de reculer mais je ne peux pas faire marche avant, notre quille est déjà dans la chaîne de l'autre voilier, après quelques manoeuvres pour s'éloigner de lui, nous remontons l'ancre et recommençons un nouveau mouillage. C'est la première fois que nous chassons. Je pense que comme le vent a tourné, la rafale à décroché l'ancre qui était enfoncée dans l'autre sens, le bateau a pris de suite de la vitesse empêchant l'ancre de se renfoncer. Heureusement que c'est de jour, et que nous étions là !

Nous passons encore un jour ici a admirer les bateaux, et puis nous décidons de poursuivre notre remontée en passant par Nevis et St Kitts.

Mardi 13, nous relevons l'ancre pour Nevis, distante de 50 miles. Nous sommes grand largue avec 2 ris dans la grand voile et Audélie marche bien à 6 noeuds. En début d'après midi, le vent adonne encore un peu, et le génois refuse de porter, nous décidons d'affaler la grand-voile. La manoeuvre finie, mon oeil est attiré vers le ridoir de bas hauban tribord et je constate que deux torons sont cassés au ras du sertissage. Hum ! C'est un coup à tomber le mat ! je fais une réparation de fortune avec un bout de câble, des serres-câbles et un ridoir. Par contre, il va falloir remonter au plus vite vers une île correctement équipée pour réparer cette avarie.

Nous mouillons devant Charlestown à Nevis pour la nuit, puis dès 7 heures le lendemain, nous repartons pour Saint Barthélémy. Un petit bout de génois à l'avant et au moteur.

Nous arrivons à Gustavia à 14 h 30, et en faisant les formalités, nous apprenons qu'en dehors de quelques boutiques, tout est fermé le mercredi après-midi. En nous promenant dans ce port franc nous sommes consternés par les tarifs pratiqués dans le modeste snack bar installé sur le quai : menu enfant : 13 € ! Mieux, le sandwich à 18 €, il n'est pas précisé s'il est garni langouste ou caviar !! Gustavia est pourtant un port charmant mais ici tout n'est que luxe, calme et volupté, quelques énormes motor-yachts sont à quai, leur salon de pont fleuri de jolis bouquets de fleurs de balisiers, ces dames font du shopping, toutes les enseignes prestigieuses du prêt à porter et de la joaillerie alignent leurs boutiques dans un court périmètre. Nous avons discuté un moment avec l'agent portuaire, il est descendant des premiers colons français de Saint-Barth, il n'y a que quelques dizaines d'années le m3 d'eau acheminé par cargo coûtait ici trois fois plus cher que le m2 de terrain, cela a bien changé. Il joue dans un orchestre qui se produit à la demande dans les très luxueuses propriétés de l'île, "si vous voyiez ces maisons, ma maison entière contiendrait dans un de leurs salons !".

Nous avons toujours un problème à régler, celui de notre gréement. Première nouvelle, la bonne : nous avons de la chance, le seul artisan voilier de l'île est ouvert. Deuxième nouvelle, la mauvaise, il ne fait pas de travaux sur les gréements et nous indique que le shipchandler local (fermé) a tout le matériel pour me refaire un hauban, mais sans le monter lui-même. Cette solution ne m'emballe pas. Je consulte notre guide nautique, l'indispensable Patuelli, les adresses de maîtres voiliers sur l'île voisine de Saint-Martin, il y en a quatre ! Je téléphone, le premier ne touche pas au gréement, le second ne répond pas, le troisième est un mauvais numéro, et le dernier ne fait pas ça non plus mais m'indique le numéro de téléphone d'un certain Patrick qui fait des gréements. Je l'appelle, et effectivement, oui, il peut me faire ça. Nous prenons rendez vous pour le lendemain en début d'après midi.

Nous ne doutons pas du charmes des splendides plages qu'annonce le dépliant touristique mais outre que nous nous sentons totalement à côté de ce monde branché et friqué, nous serons soulagés quand le gréement sera réparé, donc l'escale ne durera qu'une nuit ; jeudi 15, nous partons de bonne heure pour Saint-Martin toujours au moteur avec un petit bout de génois. Traversée sans histoire, et au large de Philipsburg, la capitale de la partie hollandaise, nous apercevons pour la première fois une baleine.

Nous arrivons en Baie de Marigot. Les fonds de cette vaste baie ont une profondeur de 2 à 3 mètres, nous mouillons à côté du banc de sable en attendant l'ouverture du pont levant de Sandy Ground qui donne accès au lagon. Patrick m'avait donné toutes les indications pour rejoindre son chantier. Je suis un peu inquiet à l'ouverture du pont à cause des fonds dans le chenal que le guide donne comme fluctuants et parfois même inférieurs à 2 mètres. C'est donc avec un oeil sur le sondeur que nous gagnons la zone technique. Nous passons, mais parfois avec à peine 10 cm sous la quille.

Patrick nous attend, et évalue immédiatement avec moi les travaux à effectuer. Le bas hauban, bien sûr, nous décidons comme je le pensais de changer toute les parties du gréement que je n'avais pas encore changé à St Cyprien, à savoir l'autre bas-hauban et les 2 haubans. Il me conseille aussi une modification du montage de l'enrouleur de génois, celui ci n'étant articulé que sur un axe au lieu de deux.

Il commence immédiatement son travail, pendant que nous partons faire un tour à Marigot. Il faut aussi faire les formalités d'entrée. En poussant la porte du bureau de la Police des Airs et des Frontières où nous devons déclarer notre arrivée, nous sommes apostrophés par un fonctionnaire : "Vous parlez français, vous ?!", nous : "Heu, oui !", et notre agent de l'autorité qui semble un peu grognon : "Ah et bien très bien, parce qu'ici on est pas en France, ça parle qu'anglais !". En effet, on a déjà remarqué en arrivant au chantier que tous les ouvriers de la zone technique ne parlaient qu'anglais et en cheminant vers le centre-ville, nous avons entendu de nombreuses langues : l'anglais en tête, suivie de près tout de même du français ; on dénombre sur l'île 72 nationalités ! Schématiquement : au Nord, c'est Saint-Martin, canton de la Guadeloupe, au Sud : Sint-Maarteen est hollandaise. Pas de frontière, juste un panneau de bienvenue quand vous passez la limite du territoire. Le Florin est la monnaie officielle de la partie hollandaise (tiens il nous semblait que les Pays-Bas étaient membres de la Communauté Européenne et avaient adopté l'Euro !), donc pour faire simple on y fait du business en US $, côté français l'Euro est bien sûr la monnaie officielle mais en ce moment avec son taux de change favorable (1 € = 1,25 US $), le touriste américain y perd, c'est pas bon pour le business. Restons bons amis : je te prends tes $ au prix de l"€, et le rêve français redevient accessible. Donc il nous reste à trouver du $ pour faire notre shopping, incroyable mais vrai !

Nous allons jeter un oeil à la marina et nous tombons sur Néré, nous le pensions déjà en traversée, en réalité, il partira dans deux jours. Nous discutons un moment quand passe un gamin qui s'arrête tout surpris, c'est Julien d'Artémo. Les filles partent de suite avec lui. Nous discutons aussi un bon moment sur Artémo, Frédéric attendait beaucoup de Saint-Martin, peut-être trop, il est déçu, hésite sur les choix qui s'offrent à lui quant à la suite de son voyage, garder le bateau, poser son sac sur une autre île française et s'y installer, offrir une scolarité normale à Julien et Jacques pour en finir avec la crise quotidienne que constitue les cours du CNED, lot quotidien et pénible de toutes les familles qui naviguent en bateau.

A notre retour au chantier, les travaux sont bien avancés. Dès le lendemain, le patron du chantier (qui n'est pas Patrick) nous demande de déplacer Audélie pour le mettre sur un quai voisin. Nous y allons. Et hop, à 5 mètres du quai, on s'échoue. Marche arrière pour se dégager (c'est de la vase) et on fait un nouvel essai quelque mètres à côté. Pareil, on s'échoue. Pendant ce temps un bateau avait pris notre place précédente, et tout le monde avait repris ces activités... Ben, et nous ??? Heureusement Patrick arrive, repart chercher le patron du chantier, qui râle mais bon, on redéplace le bateau qui s'était installé, et nous reprenons notre place. Une heure de manoeuvre pour rien ! Sur cette zone technique, on est loin du professionnalisme de Trinidad : le déplacement de deux bateaux prendra la matinée, le premier sera déplacé après réflexion une deuxième fois par une équipe rigolarde qui s'interpelle en un mélange d'anglais et de créole.

Les travaux sur le gréement durent jusqu'à 15 h 30. La facture est normale. J'avoue que je craignais le pire. C'est toujours trop cher, mais bon, on n'avait pas trop le choix. Nous repassons le pont levant à 17 h 30 et partons mouiller dans la vaste baie de Marigot.

Nous passons là quelques jours tranquille où les activités habituelles reprennent, CNED, baignades et promenades.

Mardi 21 nous décidons de repartir vers le Sud pour Nevis et St Kitts. Dès la sortie de la protection de l'île, il faut bien se rendre à l'évidence, le vent est Sud-Est de force 5, soit, comme d'habitude juste de face. Faire 60 milles dans ces conditions ne nous emballe pas, aussi nous faisons demi-tour vers Anguilla, distante de 10 milles, et sous le vent.

Anguilla est une île toute en longueur avec un relief peu élevé, et qui fait face à la baie de Marigot. Nous jetons l'ancre à Road Bay. Pour la petite histoire, Anguilla a un passé récent un peu houleux. Colonie anglaise, au moment de l'indépendance elle est rattachée à St Kitts et Nevis. Anguilla refuse d'être à nouveau colonie d'une ancienne colonie en plus ! Débarquement de troupes, celles de St Kitts venant conquérir les récalcitrants, échec, elles sont rejetées à l'eau. Ce conflit, qui ne fera aucune victime, ce termina devant l'ONU qui lui a accordé le statut d'état indépendant.

La baie est vaste, avec peu de bateaux et entourée d'une vaste et belle plage. En début d'après-midi nous allons faire les formalités. Si on reste dans cette baie et que l'on ne reste que 24 heures, c'est gratuit, sinon, il y a des taxes par personne et par jour puis un droit de navigation et enfin un droit de mouillage par baie. Hou là là... On ne reste que 24 heures.

Nous nous promenons dans ce petit village où le temps est suspendu, nous croisons quelques autochtones qui répondent poliment à notre salut, des chiens, des chats, des chèvres et des poules. La visite étant vite faite, nous passons le reste de l'après-midi sur la plage où les filles se baignent et jouent au ballon avec un petit garçon italien en mal de compagnie pendant que nous discutons avec ses parents. Lui, c'est un pur produit du machisme méditerranéen, c'est lui qui parle, lui qui sait mais comme il ne parle que l'italien, c'elle elle, aux ordres mais souriante, qui traduit en anglais même si on arrive à suivre le sens de son discours. Ils sont sur la fin de leur voyage autour de l'Atlantique, une fois aux Iles Vierges, le voilier prendra le chemin du retour sur un cargo, ils ne regrettent pas de rentrer, les Caraïbes les ont laissés assez indifférents et estiment que la Méditerranée avec la Grèce, la Croatie et la Turquie offrent d'aussi beaux mouillages mais avec une culture autrement plus riche. Ils sont vénitiens et nous apprenons avec surprise que naviguer en Italie est très onéreux, les marinas sont excessivement chères et les mouillages non abrités, nos rêves de croisières futures en terres antiques en prennent un coup.

Mercredi, nous revenons vers Saint Martin, avec, comme toujours le vent en face. Les jours suivants nous voient reprendre le rythme CNED, bains et promenades.

Jeudi, nous louons une voiture pour faire le tour de l'île. Nous entamons notre circuit par le Nord-Ouest. C'est un secteur où les maisons peuvent jouir de tous les superlatifs. On devrait d'ailleurs plutôt dire domaines, vastes propriétés dominant la mer, l'esthétique des maisons rivalise avec la beautée des jardins. C'est tellement riche que ça ne fait même plus rêver, nous n'appartenons tout simplement pas à la même planète.

 

Nous allons ensuite à Philipsburg, la capitale hollandaise. Ici, nous ne sommes pas du tout dépaysés, port franc comme Marigot, c'est le royaume du "free tax". Les paquebots en escale, quatre ce jour-là, déversent des milliers de touristes, surtout nord-américains, qui se ruent sur Front Street où s'alignent des dizaines de bijouteries, des parfumeries, des boutiques d'électronique et autres magasins de souvenirs entrecoupés de casinos où cliquètent les machines à sous. Vous assistez alors hallucinés au spectacle de ces américains en bermuda, pare-soleil vissé sur la tête, parfois en maillot de bain qui font emplette de montres suisses, bijoux ornés de diamants et autres émeraudes comme s'ils venaient juste s'offrir un rafraîchissement au bar de la plage.

   

Nous poursuivons notre promenade : les plages sont toujours très belles, mais partout des immeubles de résidences hôtelières, Sint-Maarteen, comme les Canaries, est le paradis du time-share. En arrivant à Oyster Pond, nous sommes d'ailleurs démarchés : on nous propose de nous offrir les billets AR pour St Barth en échange de la visite commentée du yacht que s'est offert un hôtel de luxe pour divertir ses clients... On poursuit notre route, il y a aussi des ruines d'hôtels dévastés par Luis, le dernier cyclone, C'était en 1995, et ici comme dans toute la Caraïbe, la température élevée de la mer cet hiver fait craindre la venue de ce terrible fléau.

On traverse une commune dénommée le Quartier d'Orléans, on est loin des espaces verts artificiellement irrigués des hôtels, ici la terre est pelée et offre un contraste saisissant, pourtant un peu plus loin on découvre la Baie Orientale, surnommée la Côte d'Azur des Antilles, gros ensemble immobilier certes mais l'architecture respecte le style créole et les maisons se déclinent dans une gamme de couleurs pastels qui n'est pas désagréable.

Les jours suivants nous voient reprendre la routine du CNED et des promenades. La météo s'est dégradée, et bien que le temps soit toujours plutôt agréable, le vent a considérablement forci et se maintient en permanence à force 5/6 avec de fréquentes rafales à 8. Le mouillage en est devenu pénible par les mouvements du bateau et le bruit du vent.

Nous décidons de rester là pour finir le CNED et expédier les derniers devoirs avant de poursuivre. A Marigot, il y a toujours des gens de connaissance dans le mouillage et c'est bien sympathique. Nous faisons la connaissance de Lou Virus et de son équipage Didier et Valérie et leurs trois filles Lili, Marie-Lou et Gaëlle. Emilie et Claire sympathisent immédiatement, on papote musique (Lorie est l'idole des trois mousses) et on s'échange des livres. Lou Virus garde le contact avec la France, comme beaucoup d'entre nous, par leur site web, il est très sympa car il intègre aussi de la musique et de la vidéo, n'hésitez pas à aller le consulter. Hobbit est également à Marigot. Merlin arrive et nous avons toujours plaisir à les retrouver, on se fait même une soirée plateau télé à notre manière : on s'installe dans le cockpit d'Audélie pour un gros apéro suivi d'une séance ciné ; sur l'écran : "Chicken run", Isabelle nous a même fait du popcorn, normal pour un histoire de poules !

Le départ pour les Açores est prévu pour samedi 8 mai. C'est la navigation que j'appréhende le plus car sur cette traversée retour, il n'y a pas d'alizé établi. En principe nous ne devrions pas avoir de trop grosses dépressions et comme nous prenons la route orthodromique, il y a de fortes chances que nous traversions une vaste zone de calme. On verra bien. En tout cas, il y en a pour 2300 miles et donc je table sur une traversée de 20 à 25 jours.

Avant le départ, l'avitaillement, avec des supermarchés pas si près que ça quand on est à pied, les pleins de carburant (6 jerricans pour prévoir les calmes) à coups d'annexe, et toutes les choses à penser avant de partir pour 3 semaines d'autonomie.

Jeudi 6 mai, tout est presque fin prêt. Depuis 3 jours j'écoute la météo de RFI, et si le vent me paraît bon pour le départ, je suis un peu perturbé par la situation générale au milieu de l'Atlantique où un énorme anticyclone se décale vers le Sud. Ca veut dire qu'un train de dépressions va passer au dessus de lui, et que s'il descend trop, je vais me les prendre. Christophe de Merlin vient me dire qu'il a eu Daniel à Paris par BLU (Daniel est un radioamateur passionné de la région parisienne qui s'est fait une spécialité de la météo et du routage, les gens le contactent par BLU et en fonction de leur position, il leur indique la meilleure route à suivre pour avoir le meilleur temps possible) et Daniel déconseille de partir avant une semaine, tant que la situation ne s'est pas améliorée.

Je tire donc deux enseignements de cette situation :

1) Pas question de partir de suite pour la traversée, donc nous partirons dimanche soir avec Merlin pour passer quelques jours aux Iles Vierges Britanniques.

2) Il me faut un émetteur BLU pour me faire router et rester en contact avec tous les autres bateaux faisant le retour en même temps que nous.

En partant récupérer le linge à la laverie, nous voyons Miloreva qui vient juste d'arriver. On est ravis de les retrouver, la dernière fois c'était au Marin, il descendent des Iles Vierges Britanniques qu'ils sont beaucoup appréciées et sont revenus à Marigot pour préparer la transat. Mathias, fidèle utilisateur de BLU et du routage météo, achève de convaincre le capitaine... la journée de vendredi sera donc celle de la recherche d'un émetteur BLU. Les filles préfèrent jouer avec Julien et Jacques, nous traversons le lagon de Simpson Bay en annexe pour en dégotter un, avec tout le matériel afférent : un tuner accord d'antenne, une antenne fouet de 7 mètres de haut, une connectique hyper sophistiquée, j'en passe et des meilleures !

Le samedi, je me lance dans l'installation dès 8 h du matin, et vers 18 h, CA MARCHE !!! Pour mon premier essai, je discute avec un bateau qui est en Martinique à 300 milles d'ici. J'entends Daniel faiblement, mais tous les autres bateaux avec émetteur me confirment que ce jour là c'est pareil pour eux.

Dimanche : pleins d'eau à la marina de Fort Louis, adieux à Artémo qui descend vers le Sud, au revoir à ceux que nous reverrons peut-être aux Açores, et à 18 h 30, nous partons pour Virgin Gorda aux BVI (British Virgin Islands).

 

 

   
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