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de Gibraltar à Madère |
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Finalement, Valérie et les filles ne verront pas les singes, Valérie n'avait que sa carte de crédit, et le téléphérique n'accepte que les espèces, et comme il est déjà un peu tard, plus le temps de passer à un distributeur pour retirer du liquide avant la dernière rotation. Tant pis, le jardin botanique tout proche servira de balade, et somme toute les filles sont contentes de leur sortie. Nous prenons un dernier apéro en soirée sur PATAL, rencontrons du monde sur les pontons, bref la soirée passe vite, mais les petites choses prévues avant de partir n'ont pas beaucoup avancé. Vers 10 h, je vais rapidement au cybercafé, le transfert du site se fait vite et bien. J'en profite pour envoyer quelques mails, c'est quant même plus facile que d'utiliser le téléphone portable pour les rédiger. Nous décidons de partir quand
même au matin du vendredi 18 juillet. Dès le lever, rangement,
dégonflage et rangement dans un coffre de l'annexe, remplissage
des réservoirs d'eau. A 10 h 30, nous quittons le quai de Marina Bay. La rade d'Alghésiras est tranquille, et c'est au moteur que nous rejoignons le détroit.
Puis dès que nous sommes engagés dans le détroit, un petit vent d'Est se lève et très vite, c'est sous voiles que nous faisons route. Passage au ras de Tarifa, et le vent nous pousse gentiment, voiles en ciseaux, vers la haute mer.
A 17 h, arrêt brusque du vent, comme si quelqu'un avait subitement coupé le ventilateur. Moteur pour une paire d'heures et un léger vent de Ouest Nord-Ouest vient à notre rencontre, nous obligeant à nous mettre au près, et c'est à cette allure que nous passons la nuit et la journée suivante.
Les filles n'ont plus le droit d'aller dehors, en prévision d'une nuit difficile, le bateau a été rangé à fond, tout est calé. Le pont et le cockpit sont régulièrement balayés par les embruns ou des petites déferlantes qui s'invitent à bord. La gîte est importante, le bruit des vagues et du vent un peu angoissant. Nous passons nos quarts à l'intérieur, assis à la table à carte, les pieds calés contre le bloc évier, le Mer-Veille (détecteur radar) et Nestor assument à eux deux correctement la marche du bateau, heureusement car les quelques sorties qu'il a fallu faire pour rerégler Nestor, ou réduire encore plus le génois, même sans sortir du cockpit, ne peuvent se faire qu'en rampant et harnaché et équipé des vestes, pantalon de ciré, bottes, bref, l'intégrale.
En fin de matinée suivante, le vent faiblit un peu, et tout au long de la journée, nous larguons les ris et rétablissons le génois en entier. Les deux jours suivants sont calmes et tranquilles, bien que toujours au près, nos moyennes sont environ 140 milles par jour. Emilie n'a pas trop le mal de mer, et Claire pas du tout. Valérie prend régulièrement du Sureptil pour le prévenir, ce qui la fait beaucoup dormir, j'en ai pris aussi pendant l'épisode venté et de fait, le sommeil venait très facilement.
Nous laissons encore 2 leurres à des poissons mal intentionnés à notre égard puisque le second emporte toute la ligne. Je remonte tout, avec ce coup-ci, bas de ligne en fil d'acier... à suivre... Le lendemain, après une période de calme, le vent vire un peu vers le Nord-Est, et nous continuons notre route un peu sur l'arrière du travers. Porto Santo approche, et bien entendu l'arrivée doit tomber sur le milieu de la nuit. J'aime pas beaucoup. La remontée des fonds occasionne une petite houle croisée qui nous fait beaucoup rouler. Les craquements des divers aménagements intérieurs sont pénibles. A 1 h du matin, Porto Santo n'est plus qu'à 20 milles, nous décidons "d'arrêter" le bateau. Mise à la cape, tout devient plus calme...
Arrivée classique dans un port inconnu... "On va où ? Tu vois quelque chose ? Tu crois que c'est là ? On mouille ? On attends ?" Nous avions bien essayé d'appeler par VHF dans notre meilleur (!) anglais, mais personne n'a répondu. Peut-être était-il un peu tôt, 8 h venaient juste de sonner... quand on aperçoit un homme sur le quai de la marina nous faisant signe, nous nous lançons dans une requête (en english of course, because our english is not terriblious but our "portuguesh"...) et il nous répond avec un grand sourire et dans un français impeccable : "vous pouvez parler français". Ouf ! Ce jeune homme fort sympathique est employé de la marina : il nous indique que l'on peut mouiller dans le port. Nous pensions d'abord nous installer sur corps-mort, mais ils sont paraît-il en préparation pour la saison à venir, alors reste le choix de rester sur notre ancre (en payant quand même) ou d'aller à la marina. Ce sera donc la marina. Ca nous évitera de gonfler l'annexe. L'eau est si limpide dans la marina qu'on pourrait s'y baigner, chose inimaginable dans nos marinas françaises.
La marina n'est pas toute proche du village, et c'est une bonne balade que de s'y rendre.
Dans une des ruelle : une petite épicerie sombre, rustique, qu'on s'attendrait davantage à découvrir au fin fond de la campagne et... à deux pas, des boutiques de mode, de décoration, des magasins d'équipements domestiques luxueux et sophistiqués. Un peu plus loin, un grand chantier est en cours d'achèvement près de la place de l'église : un centre de congrès, la taille de cet ensemble architectural semble démesurée pour la taille de l'île et surtout pour sa population : 3000 habitants seulement. Et ce n'est pas le seul gros chantier public en cours sur la commune, dans la rue voisine, c'est un centre d'artisanat. Manne touristique ou subsides de l'Europe ? A Porto Santo, on entend surtout des touristes parler portugais. L'île de Madère n'offre pas de plage et nombreux sont les habitants de la grande île qui viennent profiter de son climat sec et ensoleillé et de sa tranquillité. A Porto Santo, la vie est paisible, le rythme lent, pour combien de temps encore ? Olivier continue à tester, comme il l'avait commencé à Malaga, puis à Gibraltar, la qualité des pâtisseries locales, certains navigateurs testent les vins locaux, d'autres le rhum, lui, c'est les gâteaux ! Alors, Malaga : très bien, bon marché et de qualité. Gibraltar, pour des anglais, c'est très raisonnable... on sent l'influence espagnole... Porto Santo, si on a à boire à côté, ça passe, mais bon, ce ne sera pas son premier choix. Nous restons 2 jours ici, faisons connaissance de nos voisins de pontons (forte représentation française), discussions de navigateurs baladeurs, comparaisons de bateaux, et autre sujets qui émaillent le quotidien des marinas.
Why is the wind always on the nose ? Traduction anglaise de la phrase fameuse d'Olivier "Mais pourquoi ai-je toujours le vent dans la gu..." Nous quittons Porto Santo après avoir fait dès l'ouverture des bureaux de la douane et de la marina les formalités de départ, la soirée à été pluvieuse et ventée, le soleil a ce matin du mal à percer derrière les nuages et le vent dévale des collines en rafales. On hisse prudemment la grand voile avec un ris et attendons de savoir comment le vent sera établi après avoir quitté l'abri de l'île, ce sera finalement du plein vent arrière et voiles en ciseaux, poussés par une houle qui fait rouler le bateau.
A l'approche de Funchal, essai radio pour contacter la marina, comme d'hab' personne ne réponds. On croise les doigts pour ne pas être obligé de mouiller à l'extérieur, les quelques voiliers à l'ancre roulent comme des teutons. On pointe le nez, la marina est un véritable mouchoir de poche et semble pleine comme un oeuf. Au bureau du ponton d'accueil, personne. On se met à couple d'un voilier de 50 pieds qui pour l'instant est seul à quai, alors que tous les autres postes d'amarrages sont à 4 et 5 bateaux à couple, puis Olivier va au bureau de la marina de l'autre côté pour être sûr qu'on est autorisé à s'amarrer là, l'employé vient juste de fermer le bureau et lui indique vaguement du doigt une place libre. On largue les amarres et on se présente à un catway inoccupé, HEUREUX. Rangement du bateau, on se fait
tout propres pour partir à la découverte de Funchal, le
quartier de la marina est très animé, une foule se presse
sur les quais, dans quelques instants aura lieu la remise des prix du
Championnat du Monde de Voile des Jeunes. On traverse un jardin, et
c'est le deuxième coup de foudre, après l'arrivée
par la mer et la vision de cette ville qui part de la mer pour escalader
les pentes escarpées en une urbanisation tentaculaire mais si
harmonieuse car la végétation y est omniprésente.
Ce jardin, petit îlot de verdure, est une forêt peuplée
d'arbres gigantesques, il faut renverser la tête pour apercevoir
leur cime, des fougères arborescentes, encore des palmiers, et
une fraîcheur bienfaisante apportée par les petites fontaines
et surtout la pénombre qui règne là. Nous n'avions
jamais vu de si beaux arbres et tout cela au coeur d'une cité
On nous dépose sur la table une panière remplie de petits pains plats et ronds tout chauds, ils sont farcis d'une sorte de persillade, c'est savoureux. Le melon vient de nous être servi lorsque Olivier remarque un voilier qui arrive et dont le skipper semble interloqué de trouver sa place prise, Olivier galope sur le ponton, l'interpelle et celui-ci confirme sans animosité que nous sommes amarrés à son poste. Nous expliquons rapidement la situation à Emilie et Claire qui nous attendrons sagement au restaurant en attendant notre retour. Un ami du skipper portugais qui est lui même sur le ponton nous indique une autre place qu'il sait libre, c'est celle d'un ami qui est parti en croisière. Nous déplaçons donc Audélie à un emplacement vacant à l'entrée de la marina, je l'aide à l'amarrer et lui laisse le soin de couper le moteur et de fermer le bateau pour courir rejoindre les filles au restaurant. Je mange mon melon, Olivier ne revient toujours pas, je laisse à nouveau les filles en leur demandant de ne pas s'inquiéter et je part à sa rencontre, il est en grande conversation avec deux plaisanciers français et un employé de la marina qui sait que le bateau portugais titulaire de cet appontement reviendra en soirée et nous indique une place libre, celle-ci avec certitude, contre le môle Sud. C'est reparti pour les grandes manoeuvres, heureusement Olivier manoeuvre Audélie comme une bicyclette. Cette fois ci c'est donc amarrage cul à quai et sur pendille à l'avant, je cours rejoindre les filles pendant qu'Olivier ferme le bateau. Ouf ! Emilie et Claire, elles, ont suivi avec amusement depuis leur table nos déplacements aux quatre coins du port. On peut déguster enfin sereinement nos spécialités culinaires locales, tout le monde est ravi, jusqu'à Claire qui trouve son poulet savoureux et s'en va en faire les félicitations au cuistot amusé. Le dessert et on demande la note, passablement fatigués de notre journée, il est 22 h et on est heureux de rentrer se coucher. Surprise, l'addition se monte à 42.50 € ! Soit 4 menus à 6.75 € ... PLUS les petits pains à 2 € pièce, et 2 bouteilles d'eau à 3.75 € l'unité ! Il y a quelques années, Olivier lors d'un voyage en moto au Portugal avait constaté que les restaurateurs avaient souvent tendance à afficher des prix d'appel alléchants et à vous rajouter sur la table des choses que vous n'aviez pas demandé : olives, pain et à vous les facturer à des tarifs beaucoup plus prohibitifs. Nous sommes plus amusés qu'agacés parce qu'en définitive le repas revient à une valeur qu'on admettrait communément en France. Allez au lit ! On réalise alors le niveau sonore dans la marina, une sono d'un bar voisin crache ces décibels, l'animation du repas des jeunes voileux qui se déroule sur le quai de commerce lui fait concurrence, enfin la fraîcheur qui venait du large à Porto Santo n'est plus de mise ici, nous sommes bien à l'abri derrière le quai de béton et il n'y pas le moindre souffle d'air. L'insomnie me gagne, je bouquine, éteint la lumière et sursaute à l'explosion d'une fusée, il est minuit et Madère rend hommage à ces jeunes compétiteurs avant leur retour dans leur nation en leur offrant un feu d'artifice, Emilie et Olivier dorment déjà et les explosions au dessus de leur tête ne parviendront pas à les réveiller, Claire n'en perd pas une miette, la tête passée par le panneau de pont de sa cabine. Ravie du spectacle, elle veut bien enfin s'endormir. L'insomnie persiste, je démarre l'ordinateur et me met à la rédaction du journal de bord.
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