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La Gomera - Sal

 

 

 

La météo du lundi 10 novembre nous annonce un vent de force 4 à 5 du Nord-Est avec une mer forte croisée d'une houle de Nord-Ouest. En première lecture, je serai parti, mais Artemo, preférerai attendre un jour de plus pour voir si la houle ne se calme pas un peu. Nous restons donc un jour de plus à San Sébastian.

Le lendemain, la météo est strictement identique, avec simplement une houle de Nord-Ouest un rien moins forte.

C'est à 10 h 30 qu'Artemo et Audélie sortent de la marina de la Gomera en route pour les îles du Cap Vert. La première journée est idéale pour une réacclimatation : mer belle, vent de force 4, au grand largue babord amures. Les 2 voiliers caracolent à 5/6 noeuds.

A la tombée du jour, la protection des Canaries s'efface, et nous commençons à toucher cette fameuse houle.

Vers 22 h, Artemo signale que son pilote automatique vient de rendre l'âme, que le pilote de secours ne fonctionne pas correctement mais qu'ils vont se débrouiller sans. Nous décidons de rester à vue.

Mercredi, la houle a pris toute sa vigueur, et c'est dans des creux de 2,5 à 3 mètres que nous déroulons notre sillage. A bord, quoiqu'un peu nauséeux, tout se passe bien, Nestor barre à la perfection, et Audélie taille tranquillement sa route sous 2 ris et 3/4 de génois tangonné. Artemo serait plus rapide que nous s'il envoyait toute sa toile, mais l'obligation de le barrer à la main fait que Frédéric préfère réduire pour rendre la barre plus douce, il se règle donc sur notre vitesse.

En fin de nuit de mercredi à jeudi, Frédéric est au tapis. Il barre tout le temps, et ses repos sont insuffisants pour qu'il récupère. Nous décidons d'une nouvelle tactique, le jour, Artemo nous suivra, à la voile avec principalement Frédéric à la barre, et la nuit, au moteur appuyé par un peu de génois avec une alternance à la barre entre Katleen sa femme, Julien, et lui.

Pour eux la traversée se résume donc à une épreuve d'endurance pendant laquelle ils suivent Audélie qui se freine le jour, et la lumière de tête de mat d'Audélie la nuit.

Le temps reste stable avec de petites variations du sens du vent. Nestor est toujours le champion des barreurs, il fait plutôt gris et la houle bien que grosse reste tout à fait gérable. La question de chaque jour : "Qu'est-ce qu'on fait à manger ?", prend toute son importance. Les nausées des premiers jours étant oubliées, chacun se sent un appétit de loup.

Nous faisons des moyennes d'environ 120 miles par jour, quelques beaux départs au surf emballent le loch pour notre plus grand plaisir.

Artemo souffre toujours, leur moral n'est pas au beau fixe, d'autant que l'inverseur de leur moteur n'enclenche pas toujours et leur procure un nouveau sujet d'anxiété.

La traversée se poursuit tranquillement pour nous. La dernière nuit, Artemo empanne violemment en emportant avec l'écoute de grand-voile la tête de Katleen. Elle s'en sort avec deux larges hématomes sur les jambes conséquence de sa chute sur la table à carte, une douleur au poignet et un mal de tête, tout de même plus de peur que de mal. Mais avec la fatigue, il n'est pas facile de laisser aux évènements leur juste place, et les aider à garder le moral n'est pas évident, il est vraiment temps pour eux que cette traversée prenne fin.

6 jours et 7 heures et 767 miles après notre départ, nous mouillons en baie de Palmeira à Sal, au Cap Vert. Le dépaysement est total. Palmeira est une petite localité de maisons basses au milieu de terres ocres totalement pelées.

Le pavillon jaune est hissé, et c'est après un repas commun avec Artemo pris sur Audélie que nous nous couchons. Quel bonheur de dormir une nuit complète avec juste le doux balancement du bateau au mouillage !

Mardi 18, Valérie reprend les cours du CNED un peu abandonnés pendant la traversée, pendant qu'avec plusieurs skippers de voiliers récemment arrivés, nous nous rendons à l'aéroport en aluguer (taxi brousse) pour faire les formalités d'entrée au Cap Vert. Formalités un peu longues où je dois fournir jusqu'au nom de jeune fille de ma mère. Ayant quitté la zone Euro, il faut également échanger un peu d'argent pour avoir des Escudos Cap-verdiens. Cependant, je ne pense pas que nous ayons beaucoup d'occasions de dépenser, les ressources locales me paraissent très limitées.

Nous retrouvons au mouillage Hylas, qui d'ailleurs nous attendait, Alain et Fabienne nous indiquent toutes les astuces et mode de fonctionnement locaux.

Cette première journée se passe à faire le point sur les avaries d'Artémo et les décisions que doit prendre Frédéric pour y faire face, on l'aide aussi à mouiller le bateau ailleurs, il gêne le déplacement des cargos dans le port. SFR ne fonctionne pas à Sal, Frédéric qui a un téléphone ORANGE me laisse passer les coups de fil nécessaires pour prévenir les familles de notre arrivée. Le soir apéro sur Hylas et sa fameuse pompe à rhum..

Mercredi matin, je vais sur la plage pour confier un sac de linge sale à un jeune Capverdier qui propose un service laverie aux bateaux en escale. J'admire alors la beauté des vagues qui déferlent sur la plage quand je réalise la houle qui entre dans la baie et le mouvement des bateaux qui en résulte surtout pour ceux qui sont mouillés le plus près de la plage... comme Audélie. Le mouvement est tellement violent que le bateau est proche de passer sur son mouillage, la goélette noire Patriac'h quant à elle, part en travers et semble vouloir balayer dans son élan le voilier mouillé à son tribord. Je rejoins Valérie qui, occupée avec les filles dans le carré, ne s'est rendue compte de rien. On part en repérage en annexe et décidons de mouiller devant l'épave à demi-immergée d'un voilier français, nous serons plus à l'abri de la digue. On sera plus tranquille pour partir en promenade.

L'après-midi, nous nous rendons à Espargos, la "grande ville" de l'île où se trouve le cyber-café. La connexion est très lente, mais je peux répondre aux 28 mails qui sont arrivés.

   

La journée se termine comme souvent par un apéritif : nous sommes 15 sur Audélie, il y a Hylas avec Alain et Fabienne, Artemo, avec Frédéric, Katleen et leurs enfants, Moana, un Sun Kiss de Brest avec Yves, Anne et leurs trois enfants Marine, Océane et Maxence. Les grands boivent, les petits se font une séance cinéma.

   

Jeudi matin me voit à la table à carte pour "prévisionner" notre prochaine étape en fonction de la date exacte d'arrivée de Philippe, qui nous rejoint à Tobago, dont nous avons pris connaissance par mail la veille. Les calculs étant faits, nous devons donc quitter le Cap Vert d'ici dimanche, plus le temps d'une escale à Mindelo. Je l'annonce à Frédéric qui est un peu déçu, il pensait bien faire encore un peu de route avec nous mais il n'aura pas reçu à temps les pièces nécessaires aux réparations indispensables à son bateau.

Il faut compléter les réservoirs, donc corvée d'eau, je prends mes deux jerricans, plus une dizaine de bidons de 5 litres que me prête Yves de Moana. Direction la "fontaine", une espèce de réservoir d'eau provenant de l'usine de dessalinisation de l'île. 5 robinets coulent et les habitants de Palmeira font la queue avec leurs bidons de 50 litres. Mon tour venu, je remplis mes bidons, et règle à la dame les 25 escudos demandés (environ 25 cents d'euro pour 65 litres). Le retour est plus problématique, les habitants viennent avec des brouettes, mais moi, je n'en ai pas. Arrive un monsieur avec son petit garçon et sa brouette avec 3 bidons de 50 litres, il ne parle que portugais, alors par gestes, je lui explique que je souhaite emprunter sa brouette pour mes bidons, et que je la lui ramène dans les 10 minutes, il me fait signe qu'il est d'accord et expédie son gamin avec moi. Je ramène mon eau à côté de l'annexe, et repart avec la brouette et le gamin dedans, ravi. Un grand merci à ce monsieur. A mon retour à l'annexe, un jeune ado y avait chargé les bidons sans rien réclamer. Les Cap Verdiens sont très accueillants, toujours souriants, toujours prêts à vous rendre des petits services que vous leur proposiez une rémunération ou non.

L'après-midi nous décidons d'aller visiter la saline de Pedra de Lume, Julien et Jacques sont ravis d'accompagner les filles.

La route après Espargos s'étend monotone au milieu du même paysage toujours aride, seul le scintillement de la mer qui est toujours proche met un peu de vie à cette terre désolée.

Quelques chèvres errant à la recherche d'une herbe incertaine, un cimetière isolé et nous arrivons à la cité minière fantôme, l'exploitation du sel ici est devenue anecdotique.

 

Les câbles du téléphérique en bois qui servait au transport du sel de la saline au port gisent au sol, les rouages sont rongés par la rouille, toutes les infrastructures tombent en ruine. La saline naturelle occupe un ancien cratère, plusieurs bassins à différents stades d'évaporation de l'eau de mer offrent des dégradés de bleu et de rose et au milieu de l'eau des cristallisations de sel gemme aux facettes cubiques. C'est un milieu agressif et Julien et Claire en feront les frais, puisqu'après une courte baignade, brûlés par le sel, on devra s'arrêter à la plage voisine pour qu'ils "se rincent".

Nous revenons, les jambes blanchies de dépôt de sel, à Palmeira pour une nouvelle soirée apéro sur Moana.

Corvée de gasoil au menu du vendredi matin. Je n'ai presque pas consommé depuis la Gomera puisque je n'ai fait tourné le moteur que pour recharger les batteries, sortir du port et entrer ensuite dans la baie de Palmeira. Le remplissage d'un bidon de 20 litres me suffit. Il faut "atterrir" sur la plage avec l'annexe devant la raffinerie au fond de la baie, et comme pour l'eau, chacun vient avec ses bidons pour le carburant qui est directement extrait des grosses cuves de la raffinerie.

Au retour, le moteur de l'annexe crachote et s'arrête. Je finis à la rame pour regagner Audélie. Séance démontage du hors-bord. J'avais déjà remarqué que lorsqu'on laisse le moteur relevé, comme s'est le cas sur la plage, il avait du mal à refonctionner correctement pendant un moment, mais là, il ne redémarre pas. Je finis par identifier la panne, le pointeau du carburateur était resté bloqué.

Valérie pendant ce temps officie avec les cours du CNED, qui aujourd'hui se passent particulièrement mal, ses élèves ont du mal à se sentir "au boulot".

Formalités de sortie l'après-midi, récupération des papiers du bateau et de la clearance de sortie auprès des autorités maritimes, et retour à l'aéroport pour faire tamponner la sortie sur les passeports. Un passage au Cyber-café d'Espargos et au petit supermarché ou nous n'achèterons pas grand chose pour cause de prix prohibitifs en ce qui concerne le frais : 35 cents le yogourt, 3,5 € le kilo de pommes ou celui de salade.

Rencontre à notre retour avec le bateau Askoy dont nous avions lu la renaissance sur leur site internet, puis rencontre avec un jeune vagabond des mers sur un voilier sur lequel je ne me risquerai pas à sortir de la baie et qui pourtant n'hésite pas à répéter un trafic de produits alimentaires avec le Sénégal pour remplir la caisse du bord. Jouant de la guitare, de l'harmonica et de la trompette, il chante aussi Brassens avec talent.

La journée se termine par la finalisation de cette page internet afin que nous puissions la mettre en ligne dès demain. Une fois le site à jour, nous serons libres de lever l'ancre afin d'entamer notre traversée pour La Barbade où je pense que nous serons rendus vers le 15 décembre.

C'est avec regret que nous quitterons l'archipel du Cap Vert que nous avons juste effleuré. Nous reviendrons un jour en prenant le temps de mieux le découvrir, île après île. Il nous restera le souvenir agréable d'une terre aride battue par les vents mais au peuple si accueillant.

 

   
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