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Guadeloupe - Antigua

 

Ce qui est bien agréable quand on arrive dans une marina, c'est l'eau douce et l'électricité à volonté. Nous ne nous privons donc pas, et le rinçage du bateau fait concurrence à l'aspirateur !

Mercredi 3 mars, à 18 h, Belle-maman téléphone de son hôtel. Ils sont arrivés, et bien que fatigués, il leur tarde de nous retrouver. Nous irons les rejoindre dès le lendemain matin à leur hôtel.

Dès le petit déjeuner du jeudi matin avalé, nous partons à pied, en passant devant les loueurs de voiture de la marina, je me renseigne sur les tarifs, et en réserve une pour le lendemain. A vol d'oiseau, leur hôtel à Pointe de Verdure sur la commune de Gosier paraît tout proche de la marina, par contre, à pied, il faut contourner le lagon et pour cela suivre la bande d'arrêt d'urgence de l'autoroute, ce qui est franchement désagréable. Ce que nous imaginions une agréable promenade se révèlera en fait une galère de 5 km. Les retrouvailles sont heureuses, Emilie et Claire ont enfin retrouvé leur mamie, ce qu'elles attendaient depuis si longtemps. Dans leurs valises : le courrier de Toulouse, de jolis ensembles pour Emilie et Claire, magret de canard séché, jambon de Bayonne et Jurançon pour nous. La journée s'écoule à la terrasse de leur chambre, on échange les nouvelles, les filles, elles, profitent de la jolie piscine de l'hôtel. L'agence de voyage avait proposé à mes beaux parents la location d'une voiture pour le double du prix que celle que j'ai réservée ! Pas d'hésitation, nous confirmons la mienne !

Dès le lendemain, nous partons en excursion pour Basse-Terre. Petit cours de géographie : la Guadeloupe est une île en forme de papillon, entre les deux ailes du papillon : la Rivière Salée qui est une fracture entre Basse-Terre et Grande-Terre. Une certaine logique préside à l'appellation de ces deux îles : Basse-Terre pour celle qui a le relief le plus élevé... Grande-Terre pour celle qui a la superficie la moins importante, logique je disais donc !

Et pour commencer, nous visitons le domaine Saint-Séverin, qui outre sa distillerie propose la visite en petit train de la propriété où se pratique aussi l'élevage des "ouassous" dans des bassins creusés dans les collines, justement vendredi est jour de "pêche". Des hommes, à pied, de l'eau à la taille, traversent de bout en bout le bassin, tirant un filet couvrant sa largeur. En remontant méthodiquement le filet sur la berge, on découvre parmi les poissons les ouassous : ce sont des écrevisses mais elles ont plutôt l'aspect translucide de très grosses crevette aux pinces bleues.

 

La visite du petit train se poursuit sur la crête des mornes couverts de canne à sucre et des champs d'ananas bouteille, variété locale, la meilleure paraît-il. Retour à la distillerie et à sa boutique où Madame Marsolle, la propriétaire du domaine en personne, assure la promotion de ces rhums qui remportent régulièrement les premiers prix aux concours agricoles de Paris.

Nous suivons la route nord de Basse-Terre, les plages y sont belles, malheureusement de nombreux passages nuageux ne permettent pas de profiter pleinement des paysages. Arrêt pique-nique à l'extrême nord de l'île en bordure d'une jolie petite baie.

Un passage ensuite à l'anse Deshaies afin de reconnaître le mouillage que nous ferons un de ces jours quand nous repartirons de Guadeloupe.

Retour assez tôt vers l'hôtel par la route de la Traversée, le décalage horaire n'est pas encore "digéré" par mes beaux-parents et la chaleur soudaine des Antilles au coeur de leur hiver palois demande une période d'acclimatation. Mamie a proposé à Emilie et Claire de dormir avec eux à l'hôtel, proposition acceptée avec un déferlement d'enthousiasme : ne pas quitter Papi et Mamie, manger au restaurant, dormir à l'hôtel et profiter de la piscine jusqu'à épuisement, c'est mieux que Noël ! Nous en profitons pour passer une soirée en amoureux.

Samedi matin, ballade à Pointe à Pitre pour voir le marché aux fruits et légumes. Tout est nouveau pour Mamie, ou presque, elle veut tout voir : piments et épices, patates douces, ignames et fruits de l'arbre à pain, la grande variété des bananes, noix de coco, caramboles et corossol, mangues et goyaves, ... Les doudous tiennent leur étalage en robe de madras, et tout cela compose un spectacle haut en senteurs et couleurs mais quel dommage que les touristes ne soient en permanence interpellés par de virulents "t'achètes et après tu fais la photo", les nombreux passagers du paquebot en escale achètent à la hâte une main de bananes ou trois mangues et se dépêchent de prendre quelques images. Ce type de commerce me dérange, j'ai l'habitude de demander l'autorisation à la personne que je désire photographier, libre à elle d'accepter ou de refuser, si elle n'y tient pas, je m'abstiens. Ce n'est pas la première fois que l'on remarque un comportement aussi mercantile, à la Guadeloupe comme à Grenade par exemple, le comportement des locaux n'est plus le même dès qu'on s'éloigne de la proximité immédiate du quai des paquebots.

Les paquebots, eux, ne demandent rien pour être pris en photo, et Mamie est fascinée par ces gigantesques immeubles flottants.

Nous nous dirigeons ensuite vers l'Est de Grande Terre, pause pique-nique sur une plage de Sainte-Anne, derrière la barrière de corail, puis Saint-François, et surtout la Pointe des Châteaux, l'extrémité Sud-Est de Grande-Terre. La Pointe du Raz façon Caraïbes : c'est beau, c'est sauvage, battu par la puissante houle de l'Atlantique. Un promenade à pied nous amène à la grande croix qui surmonte la petite falaise de la pointe. Panorama majestueux dans la lumière rasante de cette fin d'après-midi : basse sur l'horizon et pourtant proche : La Désirade, plus au Sud, Marie-Galante, puis l'archipel des Saintes, et dans le lointain la Dominique. Nous retournons à Sainte-Anne, nous nous rendons chez des amis d'amis de Papi et Mamie qui les sachant dans le secteur nous ont invités pour la soirée.

Les filles profitent dès notre arrivée de la piscine et nous passerons une bien agréable soirée en discutant de leur installation en Guadeloupe et de la satisfaction qu'ils ont d'avoir fait ce choix de quitter la métropole il y a 8 ans. Ils ont dessiné eux-mêmes leur maison, de style créole, une large terrasse bien ombragée prolonge le séjour, une particularité : aucune vitre, dans la journée les volets sont ouverts et rien n'entrave le plaisir de la contemplation de la nature : les oiseaux, la mangouste qui traverse le pré, les vaches qui paissent en liberté parfois si assoiffées qu'elles viennent se désaltérer dans la piscine, les mabouyas et les petites grenouilles qui se font aussi bruyantes qu'un boeuf.

Après un apéritif planteur fait maison, un bon Bordeaux arrose de délicieux ribs grillés accompagnés d'un non moins délicieux gratin de christophines "à la façon des esclaves", c'est à dire cuisinés avec du corned-beef ! C'est bien la première fois qu'on goûte avec bonheur à cette chose. Sur Audélie, comme sur tout voilier qui se respecte, il y a toujours une boite de corned-beef, dans les cas graves de disette on en consomme une de loin en loin, mais la même commentaire revient à chaque fois : il faut être anglais pour aimer ça !

Une soirée bien agréable qui nous en apprend un peu plus sur les réalités de la vie de "métros" récemment installés aux Antilles. Même la roue crevée à notre départ n'entamera pas notre bonne humeur.

Dimanche, le temps est gris et c'est la fête des Grand-Mères, on déjeune sur Audélie, au menu : après le traditionnel ti-punch, fricassée de langouste que le poissonnier nous a préparé, et délicieuses petites pâtisseries du maître chocolatier de la marina. Les grains se succèderont tout la journée, on papote dans le carré, les filles jouent à se déguiser avec leur petite amie Ava qui habite sur le voilier Callypige que ses parents préparent activement en vue du grand départ. Les filles passent la soirée à l'hôtel.

Une navigation vers les Saintes sur Audélie serait trop fatigante pour Papi, ils réservent donc leur journée de mardi pour faire l'excursion proposée par l'hôtel : grosse vedette rapide pour rejoindre l'île, visite en minibus, déjeuner au restaurant.

Lundi donc nous partons vers le sud de Basse-Terre, la route est un peu longue, arrêt aux Chutes du Carbet, un chemin forestier mène à une très belle cascade sur trois niveaux, mais nous ne pourrons l'admirer que de loin, les violentes précipitations de ces derniers jours ont provoqué de gros éboulements qui ont conduit les autorités du parc à en interdire l'accès pour trois mois. La déception est grande mais l'arrivée de mangoustes sur la parking nous amusera un moment. Malgré leur crainte, elles ne résistent pas au plaisir de venir grignoter les biscuits qu'on leur propose, partant vivement déguster leur prise à l'abri de la forêt. Pause pique-nique près de la ville de Basse-Terre, puis nous montons vers la Soufrière. Le parking est dégagé mais les nuages masquent très rapidement les contreforts du volcan et ce dernier n'est pas visible. L'odeur de soufre est bien présente, les randonneurs que nous voyons redescendre tout crottés nous confirment que le chemin est totalement détrempé. Papy et Mamie ne se sentent pas de tenter la ballade, aussi nous repartons. Si nous en avons l'occasion, nous reviendrons, la promenade a l'air de toute beauté. Nous dînons tous ensemble à l'hôtel.

Mardi, Papi et Mamie sont en excursion aux Saintes. Sur Audélie : le quotidien reprends ses droits, école toute la journée, lessives et entretien du bateau.

Le séjour des grands-parents se termine, mercredi matin, nous passons les chercher à l'hôtel et nous allons ensuite déposer les bagages à l'aéroport, ils nous invitent pour un bon déjeuner au restaurant, et en milieu d'après midi, après les adieux, ils s'envolent vers la France. Mamie semble rassurée, ses petites filles n'ont pas l'air malheureuses sur un petit bateau sur le grand océan.

Jeudi, nous profitons de la dernière journée de location de la voiture pour faire un gros avitaillement au supermarché.

Vendredi vers 14 h nous quittons la marina pour retourner aux Saintes. Nous avons eu le coup de foudre pour cet archipel et comme les Garel, qui ont dû retarder leur voyage pour raison de santé doivent arriver le 23, nous avons décidé de les attendre pour passer une journée avec eux.

Le canal des Saintes est toujours agité, mais nous sommes au portant et Audélie avance bien. A 18 h nous mouillons dans la rade, à côté de Moana que nous avions rencontré au Cap Vert. Dans la nuit, les bateaux tournent un peu dans tous les sens, et Moana et Audélie se trouvent cul à cul à moins d'un mètre, ça nous permet certes de discuter tranquillement avec Yves mais au matin nous remouillons un peu plus loin pour plus de sûreté.

Nous passons là quelques jours tranquilles, un rythme s'instaure : école le matin, promenade et baignade l'après-midi, arrêt chez le glacier avant le coucher du soleil

Dimanche matin, nous dérogeons au règlement, pas d'école, parce que nous visitons le Fort Napoléon avec l'équipage de Moana : Yves, Anne, Marine, Océane et Maxence. Dans le jardin botanique, des iguanes posent nonchalamment, c'est Jurassic Park en miniature ; ces animaux végétariens à l'air préhistorique sont inoffensifs mais provoquent une excitation communicative dans la bande des enfants. La visite du fort est un grand moment de détente : les batailles navales opposant dans la baie des Saintes les flottes anglaise de l'Amiral Rodney et française de l'Amiral de Grasse, la données géographiques et économiques, le mode de vie de l'archipel, ... tout est prétexte à l'expression de la formidable verve d'Ellin, notre guide : jeux de mots, plaisanteries, chants et poèmes dédiés aux dames, le one man show se termine sous les applaudissements.

  

  

Lundi, après le Cned, nous partons avec Moana pour un pique-nique et une ballade. Les grains à répétition font enfin une pause pour nous laisser déjeuner tranquillement sur une table de pique-nique aménagée par les pêcheurs, et juste sur la digestion, nous nous lançons à l'assaut du Chameau, point culminant de l'île... 309 mètres d'altitude. Pourtant que la montée est rude sous le soleil, au sommet la vue nous réconforte et le grain qui s'abat nous rafraîchit. Les enfants s'entendent bien et discutent bruyamment.

  

Mardi, au programme : pique-nique farniente sur la plage du Pain de Sucre. Au bout de la route qui joue les montagnes russes : une jolie petite plage bordée de cocotiers, les enfants ne se lassent pas de jouer dans l'eau, les adultes y font aussi des séjours répétés pour se rafraîchir des ardeurs du soleil. La promenade retour mérite bien un arrêt chez le glacier, c'est quasiment devenu une tradition, à la fin de l'après-midi on fait une inspection des parfums proposés le jour, on goûte la glace des uns et des autres, on se dit que sûrement demain on choisira tel autre parfum (ah le pamplemousse !).

Yves a mis un panneau à vendre sur son bateau. Au Cap-Vert déjà, il nous avait dit qu'il vendrait Moana à la fin de son voyage, puis il a décidé que si un acheteur se présentait, il le vendrait de suite. C'est un Sun-Kiss remarquablement équipé. En prévision de ce voyage, Yves pour ne pas être embêté a fait refaire son bateau de la quille à la tête de mat. Tout est neuf, le moteur, les enrouleurs, le traitement préventif osmose... Tout. Il en demande le prix moyen du marché pour ce modèle, ce qui est une bonne affaire au vue de son état et de son équipement.

De fil en aiguille, de discussions en discussions, nous tombons d'accord pour le lui acheter. L'affaire est conclue. Nous finissons notre voyage comme prévu avec Audélie que nous vendrons en rentrant. Lui, continue son voyage comme prévu jusqu'en avril 2005 où il nous livre le bateau. Nous fêtons la signature du contrat au Champagne !

Moana repart vers Pointe à Pitre chercher des amis, et nous partons le vendredi vers Marie-Galante. Cette île est plein Est à 15 miles. L'alizé est également plein Est à 20 noeuds, c'est donc au moteur le vent dans le nez que nous nous y rendons.

Nous jetons l'ancre dans la vaste baie de Saint-Louis, peu de bateaux y sont mouillés. Un alizé soutenu balaye la baie, tant mieux, les batteries sont bien chargées grâce à l'éolienne. Le lendemain une visite du village nous transporte dans un univers de calme. Très peu de voitures, pas de bruit ni d'agitation. La visite est d'ailleurs assez rapide car le village est petit. Nous passerons un moment ensuite à l'ombre des palmiers pendant que les filles se baignent sur la belle plage de sable blanc.

Location de voiture le lendemain pour un tour de l'île. L'impression de la veille est confirmée, ici le temps s'est arrêté : sur la route on dépasse des charrettes à boeuf transportant de la canne à sucre. L'agriculture est l'activité principale : élevage et canne à sucre, le rhum titre ici 59°, le tourisme en dehors de Capesterre est assez peu développé pourtant des plages de la beauté de l'Anse Canot feraient rêver tout promoteur immobilier. En attendant que l'urbanisme défigure cette perle des Caraïbes, goûtons notre plaisir de sillonner en solitaire une île si paisible.

  

Pique nique sur la plage de la Feuillade à Capesterre, autre plage merveilleuse de l'ile protégée par une barrière de cayes et ombragée de cocotiers, le charme opère toujours et encore, mais sur cette île on a l'impression que le monde n'est pas encore au courant que Marie-Galante est aussi belle. La route qui longe la côte au vent, nous mène ensuite au Château Murat qui domine la mer, l'habitation en cours de rénovation est un vestige de l'âge d'or de la canne à sucre : la maison de maître dominant l'usine, son moulin à vent (il y en a 100 sur l'île) et à quelques pas quelques cases "en gaulettes", habitation traditionnelle de l'île construite en roseau où logeaient les employés.

  

  

Plus loin, Grand Bourg, la capitale, à peine un village, lui aussi endormi. Nous finirons la journée par une promenade sur un sentier de randonnée qui nous mènera à une jolie plage déserte dans un écrin de falaises battues par les vagues de l'Atlantique.

  

Nous quittons Marie Galante le lendemain, où malgré une visite rapide, nous avons goûté à son calme, son silence, au sourire de ses habitants, au sentiment de paix et de calme hors du temps qui s'en dégage. Nous repartons pour les Saintes où nous attendrons les Garel avant de continuer notre progression vers le Nord.

Nous retrouvons les Saintes après une agréable traversée au portant avalé en quelques heures. Le mouillage dans la baie est toujours aussi magique. Nous faisons connaissance de Denis, pilote de ligne qui a choisi de travailler à mi-temps pour pouvoir vivre la moitié de l'année avec sa famille aux Saintes sur son bateau.

Les filles font du dériveur avec lui et Emilie se régale bien. En traversant la baie en annexe pour les photographier, nous faisons le tour d'un trois mats et surprise, c'est le Rara-Avis, un des bateaux du Père Jaouen. D'ailleurs, une silhouette un peu âgée sur le pont lui ressemble, nous y allons. Je me présente, il ne me reconnaît pas (j'avais 15 ans la dernière fois que nous nous sommes vus) mais se souvient bien de moi. Nous discutons un moment du Bel Espoir, il me donne des nouvelles des gens que je connaissais, puis nous parlons un moment des Antilles et des activités qu'il mène avec ses bateaux. J'ai eu grand plaisir à le rencontrer, et à retrouver un personnage toujours aussi haut en couleurs, sa vivacité d'esprit et de corps à son âge sont impressionnantes.

Merlin arrive, c'est un plaisir de les retrouver et nous fêtons nos retrouvailles autour d'un gros apéro, Christophe et Isabelle nous invite à rester souper avec eux. Justement, ils ont quitté la Dominique le matin même et ont fait un gros approvisionnement en fruits et l'acquisition d'un lot de 2 kg de viande de poulet congelée portant l'appellation "breast". Après décongélation, stupeur, ce sont des croupions, et uniquement des croupions. Isabelle, bonne cuisinière, nous a mitonné ça avec art, mais tout son talent n'aura pas suffit, dialogue autour de la table :
- Le maître de maison : "Qui voudra un autre croupion ?"
- Olivier, poli : "Merci, j'ai assez mangé."
- Claire, toujours nature : "Mais y a rien à manger, c'est que des os !"
- Xavier, louchant l'assiette de Valérie : "Mais tu gaspilles, il en reste !"
Tout cela dégénère en fou rire, Isabelle déconfite, jusqu'à présent confiante dans les talents linguistiques de Christophe l'accuse de ne pas avoir traduit correctement l'étiquette, lui pense à une erreur d'emballage. Nous sommes tous d'accord pour voir le côté positif des choses, c'est tout de même mieux que les pattes du poulet, ici ça ce commercialise aussi.

Pour finir ce repas, sommet de l'art culinaire, on sert la mousse au citron qu'Olivier a confectionné dans la matinée avec une poudre achetée aux Canaries : le parfum est bien là, le jaune tire sur le fluorescent, la consistance est compacte et le goût à la hauteur de nos craintes : un pur produit industriel. La soirée aura passé très vite en récits de nos croisières respectives.

Jeudi matin, les Garel viennent nous rejoindre aux Saintes. Nous les accueillons à l'arrivée de la navette inter îles, passage sur Audélie pour y déposer le courrier qu'ils nous apportent de Toulouse, petits livres, bonbons et Nutella pour les filles, foie gras pour les grands. Nous grimpons ensuite au Fort Napoléon, Ellin est toujours aussi irrésistible. Michel et Jeannine nous invitent à déjeuner au restaurant : de la terrasse en bord de plage, la baie est toujours aussi belle, les pélicans se reposent sur les barques, les pêcheurs débarquent à l'eau directement leur pêche : thons et daurades. L'après-midi, avant qu'ils repartent vers Pointe à Pitre, nous les amenons se baigner à la plage du Pain de Sucre.

Nous retrouvons devant le glacier, l'équipage de Merlin pris en flagrant délit de gourmandise, nous ne résistons pas... Retour au mouillage, Emilie et Claire ont retrouvé leurs grands copains, tout le monde est à l'eau. Soirée apéro avec Merlin sur Audélie. Moana est revenu, et nous sommes à nouveau mouillé à côté. Yves m'informe qu'il a rencontré un skipper qui est l'ami de Flashback (Flashback est un bateau construit par son propriétaire qui est lui aussi skipper professionnel) et qui ramène ce bateau en métropole. Ils lui ont parlé de moi et de l'éventuelle possibilité d'avoir à ramener Moana en métropole. C'est intéressant de part la caution morale que représente Flashback, si lui qui est professionnel lui fait confiance, pourquoi pas moi. Il serait d'accord pour le convoyer aux mêmes conditions que Flashback. Je prends les coordonnées.

Vendredi matin, nous quittons les Saintes. C'est un endroit que nous regretterons. Nous relevons le mouillage pour aller à Deshaies, un mouillage tout au nord de la Guadeloupe d'où nous pourrons nous élancer vers Montserrat.

Un bon vent nous pousse sur la première moitié du parcours, puis plus rien à l'abri de l'île, nous arrivons en fin d'après midi à Deshaies.Au mouillage on aperçoit le bateau suisse Hobbit, on avait suivi le début de leurs aventures sur Internet, tous nos amis l'avaient croisé à un moment ou un autre, et la rencontre ne s'était pas encore produite avec Audélie. Olivier va à leur rencontre.
- "Bonjour, on ne s'est jamais rencontré, mais je vous connais !"
Loïc lorgne le nom du bateau sur l'annexe et répond :
- " Audélie ? Mais si, je te connais, tu es Olivier"
Et il m' annonce qu'il vient de nous envoyer un mail, Didier de Balum qui est parti dans la matinée leur a parlé de nous.

En arrivant dans le mouillage, nous avons eu aussi la surprise de voir Flashback. C'est justement François, son convoyeur qui est à bord et qui attend la fenêtre météo favorable pour entamer la transat retour. Ce soir ce sera donc apéro sur Audélie. On fait ainsi plus ample connaissance avec Loïc et Britta qui sont en voyage pour deux ans, les enfants Maena et Briac boivent du Coca et mangent des chips avec les filles dans le carré. François nous parle du Sénégal où il réside. Il nous confirme qu'il peut ramener Moana l'an prochain.

Samedi, les Garel viennent nous rejoindre à Deshaies pour la journée. Nous profitons de la matinée, avant leur arrivée pour refaire un plein d'eau. Remplissage des jerricans au robinet de l'office du tourisme, transfert en annexe, remplissage des réservoirs, et on recommence. Au village, on fait un petit avitaillement, on ne manquera pas d'exprimer notre surprise de trouver au rayon vins de la supérette la gamme complète des vins du domaine de Tariquet, vignoble du Gers dont nous sommes grands amateurs, en métropole on se les procure que chez le caviste. Nous avons acheté du vivaneau, (appelé red snapper dans les îles anglophones) pour le déjeuner, nous faisons aussi l'acquisition d'une sauce dont l'aspect est semblable à une sauce que nous avions bien aimée. Nous embarquons Michel et Jeannine pour déjeuner à bord. Le poisson est bien bon mais la sauce se révèlera surprenante, c'est du pur piment et le feu mettra du temps à s'éteindre, enfin on goûte au fameux ananas bouteille, on regrette de l'avoir fait si tardivement, cette variété de forme très allongée a un parfum incomparable. En fin d'après-midi, Michel et Jeanine nous quittent.

Dimanche matin, de bonne heure, nous relevons le mouillage pour Montserrat. Il n'y a pas de vent, et Audélie vogue tranquillement au moteur sur une mer d'huile faiblement agitée d'une houle ample. Nous passons, une fois n'est pas coutume, au vent de l'île, sur les conseils du Père Jaouen, pour éviter d'éventuelles pluies de cendre du volcan. Nous sommes impressionnés par ce volcan qui s'est réveillé en 1995. Tout le sommet est déchiqueté et ce que nous pensions être un gros nuage sont en réalité les fumeroles qui s'échappent des nombreuses failles. Les flancs sont calcinés et les vastes coulées de laves descendent jusque dans la mer. Avant son éruption, Montserrat comptait 12 000 habitants, il n'en reste que le tiers, les autres ont émigré. Plymouth la capitale est intégralement couverte de cendres, Nous restons à distance de la côte, un périmètre d'interdiction couvre plus de la moitié Sud de Montserrat et se prolonge à 2 miles au large. Nous contournons l'île par le Nord pour atteindre le seul mouillage qui reste autorisé, hors de la zone dangereuse du volcan car protégé par une colline au centre de l'île de 730 mètres, tout ce qui reste d'activité sur l'île s'est d'ailleurs réfugiée là. Je suis surpris par le mouillage. Il est tout petit, aucun bateau de passage, juste quelques petites barques sur corps mort, sur la plage, un bâtiment en tôle. Et surtout, le mouillage n'est absolument pas protégé, la houle et le vent y entrent avec force. Je ne le sens pas ! Nous décidons de ne pas rester.

    

Nous repartons donc. Problème : il est 15 h 30, le soleil se couche dans moins de trois heures et Antigua est à 25 milles, soit cinq heures de navigation, pas d'arrivée possible avant la nuit, circonstance aggravante : les mouillages d'Antigua ne sont pas du tout faciles d'accès : en chicane, bordés de récifs, notre guide nautique les déconseille formellement de nuit. Alternative : passer la nuit en mer, à la cape, en veillant et en attendant le lever du soleil pour faire un atterrissage, Après une longue hésitation, je me décide, tant pis, on rentrera à English Harbourg à Antigua de nuit.

Un navigation sous voile et moteur nous amène en 5 heures à Antigua. J'ai potassé le guide par coeur, puis tracé une route sur l'ordinateur, noté les changements de cap du esse sur un papier. A 20 h 30, sans aucune visibilité, même pas les lumières d'une ville, Valérie les yeux rivés sur l'écran de l'ordinateur suit le symbole du bateau sur le tracé de la route. Elle me signale les écarts (de l'ordre de 5 mètres) par rapport à la route virtuelle. C'est surprenant de prendre des virages dans le noir complet juste parce que sur l'écran de l'ordinateur on voit que l'on n'est plus qu'à 20 mètres des roches, dont on entend par contre le ressac.

Nous mouillons à la lampe de poche. Je suis bien content d'être arrivé, et je pense que mes crampes d'estomacs vont pouvoir se calmer.

Nous allons passer quelques jours ici.

   
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