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De Madère aux Canaries

 

 

Samedi 26 Juillet

Déjà, vue de la marina, Madère et Funchal, sa capitale, nous enchante, tout n'est que couleurs, arbres et fleurs. En matinée, "Relations Publiques" comme dit Valérie, c'est à dire que je fais connaissance avec mes voisins. Et là, je dois bien reconnaître (et pourtant je n'y croyais pas) que ma profession est très demandée dans le milieu de la plaisance. Qui n'a pas son petit portable déconfiguré ? A qui les logiciels qui ont marché mais qui ne marchent plus ? Il y a là, si nous le souhaitions, matière à de fructueux trocs. Bref, je fais connaissance de Jean-Yves sur EQUINOX, un Sun-Fizz 40. Il est PPV et s'occupe de convoyer des bateaux entre la France et Madère, cela étant, comme il est retraité de l'Armée, il n'a pas besoin de courir après les convoyages pour s'en sortir. Nous passerons des apéros et des repas sympas en sa compagnie, et il m'apprend pas mal de choses. Connaissance également avec Ivan le suisse, son épouse brésilienne et leurs deux enfants Thaïs et Jérémie, il est voilier, et depuis 5 ans déjà à bord de sa goélette SAILMAKER, répare tout ce que Madère comporte de voiles, il répare d'ailleurs un oeillet de garcette de ris d'Audélie, qui n'avait pas franchement apprécié la traversée de Gibraltar. Ils repartent vers les Canaries et le Brésil, dans une dizaine de jours après ces 5 ans d'escale à Funchal.

Une envie de légumes et fruits frais nous pousse rapidement vers le marché couvert avec son marché aux fleurs à l'entrée et ses primeurs qui s'étagent sur deux niveaux, les commerçants du rez-de-chaussée sont installés à l'ombre de grands arbres fleuris, au fond le marché au poisson où je vois en chair et arêtes le poisson sabre que j'ai dégusté la veille, il n'a pas une tête sympathique avec sa bouche pleine de dents et ses énormes yeux.

Ce marché est une merveille, les marchands rivalisent dans la présentation artistiquement organisée de leurs produits et pour les faire découvrir vous interpellent le couteau à la main pour vous ouvrir et faire déguster un fruit exotique, un avocat, de la canne à sucre aux enfants. On craquera entre autres pour des avocats savoureux.

.L'après-midi, nous allons aux renseignements pour louer une voiture. Le deuxième loueur sera le bon, et pour le prix d'une journée, nous propose de prendre la Nissan Micra tout de suite en ne la rendant que le lendemain soir. Nous sommes ravis !

Nous partons immédiatement pour la côte Ouest de Madère que nous ne pensions pas visiter. Direction Camara de Lobos, nous nous arrêtons juste au-dessus, au Pico da Torre (205 m) où nous découvrons des maisons en aplomb des falaises, Madère serait-elle épargnée par l'érosion et les risques d'effondrement ou est-ce un risque consciemment encouru vu le coût des terrains ?

De ce belvédère part une levada, c'est la première que nous voyons. Les levadas constituent le système d'irrigation agraire de Madère, c'est un réseau de centaines de kilomètres de petites rigoles en maçonnerie qui guide l'eau des sommets vers les cultures. Ici au Pico da Torre, la levada court à travers une bananeraie, puis une vigne et des jardins potagers, toutes ces cultures s'organisant en petites parcelles s'étageant en terrasses.

Ces terrasses ne sont bien entendu pas naturelles, c'est le travail de l'homme et quel travail ! Nous avions déjà observé sur l'île de Majorque de semblables terrasses pour la culture de l'olivier mais ici les cultures recouvrent chaque pouce de terrain, les maisons sont noyées dans la végétation, les fleurs couvrent les pas de porte, le Madérien vit en symbiose avec la nature.

 

Nous continuons notre route pour nous arrêter sur un autre promontoire : Cabo Girao. De l'autre côté de la balustrade : le vide et 560 m plus bas la mer. La falaise est vertigineuse, Olivier reste à distance, mais j'en tire un cliché pour lui montrer, tout en bas il y a encore des cultures, rien ne se perd, le petit point blanc au centre en haut sur la photo c'est un voilier ! Le site est majestueux, il est près de 20 h et nous sommes seuls sur ce balcon au milieu d'une forêt d'eucalyptus, et l'océan a l'air si grand...

Nous continuons notre route le long de la côte, empruntant parfois des tunnels ruisselants creusés à même le roc, passant sous des cascades tombant directement sur la chaussée. Il faut prendre une décision pour retourner sur Funchal : revenir sur nos pas par la route côtière, c'est un peu dommage / emprunter la route qui s'élève un peu au dessus de la côte, mais qui semble si proche de celle déjà empruntée / ou encore s'aventurer par une route secondaire au dessus de Calheta pour grimper sur le plateau de Paul da Serra, mais est-ce bien raisonnable ? Je serrais déjà les fesses dans certains virages pourtant totalement confiante dans les bons réflexes de conduite d'Olivier en montagne mais la tentation est trop forte d'aller voir plus haut. Va pour la route secondaire ! Madère ne brille pas par son balisage routier et la route qui doit nous guider vers Rabaçal, sur le plateau, n'est à aucun moment indiquée, mais sur ce point là, on comprendra pourquoi plus tard. Plusieurs arrêts plus tard auprès de Madériens interrogés en anglo-spagnol (on découvrira plus tard que la télé madérienne passe les films en VO sous titrée, d'où peut-être leur bonne connaissance de l'anglais) et un "obrigada" pour remercier et nous arrivons sur la bonne piste. Piste semble en effet le bon terme : d'une largeur moyenne de 3 mètres (heureusement on ne croisera personne), elle est intégralement pavée, et file en ligne droite sans aucun lacet pour réduire la déclivité.

5 kilomètres plus loin d'un parcours exécuté entièrement en première, nous arrivons à 1 400 m d'altitude à un croisement qui nous indique Rabaçal tout droit... dans le ravin. Le ravin en question étant noyé dans les nuages, on n'en verra pas plus. Mais l'endroit est magique, la route chevauche deux vallées, la brume grimpe le long du versant Nord pour dévaler le versant Sud, et nous dominons un paysage grandiose baigné de la lumière dorée de cette fin de journée. A nos pieds, l'océan a fait place à une mer de nuages, c'est somptueux !

A part quelques moutons que nous apercevons dans le lointain, nous sommes seuls, le silence est impressionnant, et les nappes de brume qui courent parfois sur le plateau pour dévaler vers la vallée nous disent "vis le moment présent, nous te cachons la ville et son rythme trépidant mais elle te rattrapera très vite", je ne veux plus redescendre.

Je sais à ce moment là que je resterais toujours une terrienne, la poésie d'un coucher de soleil sur la mer ne pourra jamais m'émouvoir comme la beauté sauvage d'un tel paysage.

Olivier, toujours amusé par mon romantisme, me rappelle que n'ayant pas encore des ailes, il est tant de poursuivre pour rejoindre Funchal. La tête sûrement encore dans les nuages, à la bifurcation suivante, je donne une mauvaise indication au pilote et on se retrouve de nouveau sur une route secondaire ! Direct dans une forêt de pins et d'eucalyptus noyée de brume, fantomatique. Sans avoir jamais rencontré personne, plusieurs kilomètres plus bas on émerge du brouillard pour retrouver les vallées côtières et le soleil qui se couche sur la mer. Il est tard, on rejoint l'autoroute, et oui à Madère il y a une autoroute (gratuite) qui relie les communes du Sud de l'île, travail de titan puisque elle enchaîne viaducs et tunnels pour se jouer du relief.

Une seule déception à cette virée, Emilie et Claire n'ont pas complètement partagé notre enthousiasme mais la journée avait été longue et sans doute étaient-elles trop fatiguées. On arrive au bateau, un souper rapide et tout le monde au lit.

Le lendemain matin, dimanche, munis d'un pique-nique, nous partons sur la côte Est. Différent de la veille, plus habité mais tout aussi vertigineux, la visite se poursuit par des sites plus touristiques. A Camacha, nous nous arrêtons à la gare routière comme de nombreux autocars aux vitres desquels flottent des drapeaux, les mêmes drapeaux que nous avions déjà remarqué à Funchal les jours précédents, et sur de très nombreux autocars croisés depuis notre départ le matin. Ces cars semblent faire un ramassage dans tous les villages de l'île pour alimenter une grande fête populaire. Nous visitons donc comme tous ces Madériens en promenade un magasin sur plusieurs niveaux, paradis du touriste, mais ici la vannerie est reine, des milliers d'articles déclinant l'osier sous toutes ces formes, du plus traditionnel au plus inattendu, le travail est toujours superbe, l'achat est tentant mais Audélie n'est pas un grand bateau et nous serions bien ennuyés pour y entreposer ces si jolis paniers.

Nous poursuivons notre route vers la commune de Santo da Serra, très résidentielle, le touriste fauché passe son chemin, il ne fera que deviner les riches demeures dissimulées au bout des allées qui serpentent à travers de grands parcs. Il faut dire qu'ici le terrain est, chose rare, plutôt plat, on peut même y jouer au golf.

On enchaîne ensuite Machico, puis partons vers la côte Nord, nous arrêtant parfois sur le bord de la route quand c'est possible pour embrasser le paysage si changeant à chaque vallée. Bien sûr on s'arrête à Santana pour ses si pittoresques huttes au toit de chaume, Mamie et Papi l'ont raconté aux filles à leur retour de leur voyage à Madère et pour rien au monde on aurait pu rater ça. Celles-ci sont bien pimpantes et sentent l'attraction touristique à plein nez mais en observant bien le paysage on peut en identifier sur les collines de bien plus rustiques. Près des petites maisons, un panneau indique un belvédère, on part donc à pied sur le chemin qui longe une levada, un peu plus loin la levada se sépare en deux canaux dont un traverse la montagne à travers un tunnel de plus de 2 m de haut, on le suit et on débouche sur l'autre versant et l'à-pic d'une forêt escarpée descendant sur la mer. Le "sentier" qui longe la levada n'excède pas les 40 cm de large et parfois n'est même plus là, pour poursuivre il ne resterait qu'à marcher directement dans la rigole, mais même avec les arbres qui dissimulent le vide, le côté aérien de la promenade nous incite à rebrousser chemin ; avec des enfants, la prudence s'impose. On reprend le sentier qui longeait la levada avant la bifurcation et marchons un bon moment, la promenade est agréable malgré la chaleur, des fleurs d'un côté, une vue panoramique sur Santana de l'autre mais en l'absence de balisage, l'issue du sentier nous semble incertaine, Emilie et Claire crient famine et nous rebroussons chemin tout crottés de notre promenade sur un terrain détrempé.

On reprend notre route en retournant un peu sur nos pas pour bifurquer sur Ribeiro Frio. Notre carte routière indique de nombreuses aires de pique-nique mais c'est dimanche et il semble que le repas dominical soit une religion pour le Madérien et comme il aime aussi la nature, tous les sites sont occupés par des familles entières débarquant avec marmites et sacs de charbon, à tel point que les routes qui restent étroites n'offrent plus aucun endroit de stationnement. Près de Balcoes où nous projetions de faire notre pique-nique tout en profitant d'une levada toute proche, aucun stationnement libre, nous poursuivons jusqu'à ce que puissions nous arrêter sur une petite aire au milieu de la forêt, dans un petit brouillard qui nous incite à enfiler les polaires. Un groupe de Madériens y était déjà, préparant une sardinade, quelques minutes après que nous soyons installés, ils nous apportaient des sardines, des pommes de terres cuites sous la cendre, et un petit vin de chez eux. On s'est régalé tant du contenu, que de la gentillesse et de l'accueil simple et sans façon de ces gens.

Plus loin, le Pico Arieiro (1 818 m), nous offre un autre paysage grandiose de montagnes arides et escarpées. La vallée est dans les nuages et sur ces sommets le soleil ardent. Après une balade à pied sur les cimes, juste sur la digestion on n'en apprécie que davantage les mérites de ceux qui continuent leur chemin pour le Pico Ruivo, point culminant de Madère à 1 862 m, sur un sentier qui tutoie les précipices. Un peu en contrebas, un immense stationnement de bus et de voitures, des clameurs nous parviennent, c'est la fête à laquelle se rendaient tous les bus croisés dans la matinée, en fait un gigantesque meeting politique, une sorte de fête de l'Huma au coeur du Parc Ecologique de Funchal !

On descend sur Monte (elle était facile celle-ci !) et son église que l'on aperçoit le soir de Funchal car elle illuminée, son jardin est très agréable et les filles pas du tout fatiguées courent à travers les allées, elles ne verront pas les traîneaux que Papi et Mamie leur ont raconté, ils ne sont pas en service le dimanche.

 

Il nous reste encore un peu de temps avant de rendre notre voiture de location et nous en profitons pour visiter le Jardin Botanique sur les hauteurs de Funchal, une féérie de nature. Il faudrait plus de temps pour apprécier toutes ses beautés, s'y asseoir pour laisser glisser son regard d'un arbre à une fleur, d'un plant de légume à une plante médicinale... nous le traversons dans une tourbillon de couleurs et de parfums. Et encore une course pour visiter les serins avant la fermeture.

Quelques photos...

 

 

 

 

 

 

 

Les jours suivants, promenades dans les rues de Funchal. On visite le Musée Municipal et son mini aquarium. Le museum d'histoire naturelle de Toulouse étant depuis longtemps en travaux, je suis contente que les filles puissent en visiter un, il n'est pas grand mais il donne une bonne approche de la faune que l'on rencontre sur un littoral. Emilie et Claire s'intéressent beaucoup aux poissons et aux cétacés, identifiant des espèces déjà rencontrées en mer (globicéphales, dauphins, thons, poissons lune, ...), posent des questions, de vrais amours (une fois n'est pas coutume) et voilà-t-il pas que nous allons nous trouver affublés tout le temps de la visite d'une garde-chiourme collée à nos semelles. J'ai la haine, et je me demande ce qui me retient de lui dire d'aller voir plus loin, elle m'exaspère ! Quand nous quittons son domaine, nous croisons dans les escaliers une colonie de vacances piaillante et désordonnée, j'ai presque envie de remonter pour lui présenter ma plus grande sympathie à l'épreuve qui l'attend.

Nos pas nous mèneront aussi à la Casa do Turista près de la marina : de l'extérieur une façade de maison bourgeoise assez anonyme, à l'intérieur, non pas un magasin mais une exposition-vente de vaisselle, broderies, vins, ... dans un agencement harmonieux et puisque on est à Madère, partout des fleurs, un régal pour les yeux.

Olivier a toujours des bricolages à faire, tant sur Audélie que sur les ordinateurs des autres, les jours passent à toute vitesse, et déjà le départ pour les Canaries approche.

C'est jeudi 31 juillet à 12 h que nous quittons Funchal, en direction de Graciosa où nous pensons nous arrêter, et Lanzarote avant de gagner Santa-Cruz de Tenerife.

Départ avec peu de vent, et de face, le temps que nous quittions le dévent de l'île, et le Nord-Est annoncé entre. Grand largue avec 2 ris, et nous fonçons vers les Canaries. Peu de changements les 24 heures suivantes, Audélie caracole tranquillement sur les vagues.

Vers 14 h 30, ce 2ème jour, une touche. Surprise, nous remontons tout fiers notre première dorade coryphène, la bête est débitée par Valérie (beurk, du sang partout), et en nettoyant le bateau, le bout du seau attrape la bouée couronne qui s'envole à l'eau. Le capitaine décide d'en profiter pour faire la manoeuvre "d'homme à la mer", l'alizé est établi force 5, le moteur est démarré, le génois tangonné enroulé rapidement, la bouée est toujours en vue. C'est parti pour l'empannage, Valérie qui est en train d'attraper la gaffe, ne se tient à rien, je crie "empannage", le bateau contregîte, Valérie déséquilibrée se raccroche à ce qu'elle trouve, l'écoute de grand-voile, qui à ce moment là bascule sur l'autre bord. Elle part derrière l'écoute en vol plané à travers tout le cockpit. Atterrissage sur le banc d'en face, je me précipite, elle dit n'avoir rien, mais je vois du sang sur son front. Nous reprenons la manoeuvre, et rattrapons (difficilement d'ailleurs) la bouée, puis je regarde Valérie de plus près.

Honnêtement, j'ai un instant de panique que je ne montre pas, mais le premier regard me donne l'impression que son front s'est enfoncé au dessus de l'arcade sourcilière gauche. Pourtant elle va toujours bien, elle s'allonge dans le carré pour que je l'examine, une plaie de 4 cm de long en forme de croix et qui baille sur 1 cm de large, laissant voir l'os au-dessous. Dans son vol plané, elle a rencontré le taquet d'écoute ou le winch. Je me laisse quelques minutes, le temps de prendre un Avlocardil (ceux qui me connaissent comprendront), de lire le passage concernant les plaies dans nos bouquins et d'attraper dans la pharmacie du bord ce qui me paraît nécessaire.

Comme je n'ai pas d'anesthésique local, je renonce à "coudre". Tout d'abord un bon nettoyage de la plaie, après m'être consciencieusement lavé les mains, avec compresses stériles et du Biseptine, un produit que Jean-Pierre, notre médecin de famille m'avait donné, pour ce genre de cas. De plus Jean-Yves d'Equinox, m'avait dit qu'effectivement ce produit était génial. Après cette première étape, Valérie va toujours très bien, nous commentons ensemble l'évolution de mes soins, et moi, je sue à grosses gouttes, je passe à la pose des Stéril-stips en rapprochant les lèvres de la plaie, ça a l'air de tenir.

Nous décidons de changer de cap pour rallier Santa-Cruz de Tenerife afin de faire contrôler par le corps médical cette vilaine plaie, et une douleur à la main gauche, qui est un petit peu gonflée, mais ne semble rien avoir. Valérie va toujours bien, et je commence un peu à me rassurer à mon tour, on s'en sortira peut-être avec une bonne peur et un gros bobo. Le vent est toujours soutenu et c'est à 6 noeuds qu'Audélie fait route, ce qui nous fait environ 24 heures pour rallier Santa-Cruz. Vers 22 h 30 le vent mollit, et je démarre le moteur pour ne pas faire chuter la moyenne. La nuit se passe tranquillement, Valérie ne souffre pas et fait même ses quarts.

Le lendemain matin, le vent ne remonte pas, et nous continuons au moteur, l'avantage, c'est que la mer s'est aussi un peu calmée et que nous roulons moins. Il est vrai que bien que je ne l'ai pas encore mentionné, la longue escale à Funchal, nous a fait perdre un peu de notre amarinage, et nous avons tous plus ou moins, moins pour moi, plus pour Valérie et Emilie, souffert d'un petit mal de mer.

Tenerife est en vue vers 15 h. A Madère, mes voisins de ponton m'avaient prévenu au sujet des couloirs d'accélération de vent aux Canaries, et le guide Imray en signale un sur la pointe Est de Tenerife. Prudent, j'affale la grand-voile et laisse le génois, qui peut-être vite enroulé. En arrivant le vent monte progressivement jusqu'à 35 N, et nous nous retrouvons avec un mouchoir de poche à l'avant, à 7/8 noeuds et le cap'tain à la barre, Vorace n'arrivant pas à contrer assez vite les départs au lof. La limite du couloir atteint, le vent se calme et c'est sans vent que nous entrons dans le port de Santa-Cruz.

Un marinero de la marina "Puerto Atlantico" nous désigne dès l'entrée dans le port une place, et dès l'abord du ponton, un groupe de gens des bateaux voisins nous prennent les amarres. J'explique notre "pépin" médical, et aussitôt, le bateau d'en face, nous propose de prendre les filles pour la soirée, le marinero nous appelle un taxi, le voisin d'à côté fini de nous amarrer le bateau.

Moins de 10 minutes après notre amarrage, nous étions dans le taxi en route pour l'hôpital.

Nous faisons les formalités aux Urgences, je n'ai pas retrouvé le formulaire E-111 que j'avais pourtant pris en partant de Toulouse, mais on nous demande juste le passeport et la carte Vitale, puis on nous indique la salle d'attente. Il est 19 h 30. Vers 22 h, je fais remarquer à Valérie que pour une salle d'attente d'urgence, c'est curieux : personne n'a l'air ni blessé, ni malade, de plus personne n'a à la main les papiers remis à l'admission..., on rentre dans la porte voisine et immédiatement une infirmière prend en charge Valérie, et m'indique la salle d'attente DES FAMILLES, pour moi ! Quelques minutes après, Valérie vient me récupérer pour ne pas rester seule, et pour traduire plus facilement les conversations. Radio du crâne et de la main gauche enflée depuis le choc, au final 4 points de suture, avec les deux extrémités de la plaie non serrées pour servir de drain. En effet la plaie ayant déjà 30 heures, et l'hôpital ne pouvant être sûr des conditions d'aseptie à bord, ne veut pas prendre le risque d'une infection sur une plaie bien fermée.

Vers minuit, nous rentrons à la marina. Les voisins d'AUDELIE, Alain et Fabienne de HYLAS (nous le connaissions depuis longtemps par nos surfs sur Internet car il y est "célèbre" ) d'abord nous attendaient pour avoir des nouvelles, Frédéric et Katleen de ARTEMO, un superbe Chassiron TM, avait fait souper les filles avec leurs 2 garçons Julien 9 ans et Jacques 4 ans, et avaient mis tout le monde au lit. Dès notre arrivée, Katleen nous prépare à manger, et nous finissons la soirée avec eux et leurs invités, à savoir presque tous les bateaux du ponton qui nous attendaient. Nous sommes très touchés par cet accueil, et cette solidarité. Les filles préfèrent rester dormir avec leurs nouveaux copains sur ARTEMO, et nous rentrons nous coucher sur AUDELIE.

Le dimanche matin, nous récupérons les filles vers 11 h, enchantées. La cabine des garçons bien plus grande que la leur, le repas que leur avait préparé Katleen le soir, les toasts qu'elles avaient dégusté au petit déjeuner, ... Pour la cabine, on pouvait pas faire grand chose, on essaierait de se rattraper sur le p'tit déj' en achetant au supermarché le nécessaire pour préparer les toasts à la mode Katleen. En attendant, nous invitons tout le monde à venir partager avec nous la dorade coryphène, et c'est à 11 dans le cockpit d'Audélie que nous débutons l'apéro avant que les enfants ne décident de s'installer dans le carré pour plus de tranquillité. Des couples se forment entre grands et petits : Julien / Claire et Jacques / Emilie. Parfois curieux les rapprochements.

Nous sommes maintenant en vacances à Tenerife pour 15 jours.

 

   
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