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Martinique - Guadeloupe |
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Vendredi 6 février trouve Audélie en pleine activité portuaire. Sylvain et Michelle de Patal nous donnent plein de renseignements pratiques. Nous donnons notre linge à laver, réservons une voiture pour le lendemain et effectuons des courses. Nous faisons également tout ce que font les gens qui reviennent en terre française après des mois en terres étrangères : achat de saucisson, pain croustillant, steak et fromage. Tout ça ne nous a pas vraiment manqué, mais de le retrouver proposé aux étalages nous fait réaliser que c'est quand même bien bon ! Emilie et Claire se font de nouvelles copines sur le quai et disparaissent pour toute l'après-midi. Samedi matin, nous prenons la voiture de location et partons immédiatement au supermarché faire un avitaillement sérieux pour la quinzaine à venir. En début d'après midi, départ pour Fort de France. Nous sommes presque dépaysés de retrouver des routes aussi bien entretenues qu'en métropole. Beaucoup de circulation en arrivant à Fort de France, et nous pensons qu'il sera difficile de trouver une place de stationnement. Cependant, plus nous approchons du centre-ville, moins il y a de véhicules, et un fois en plein centre, c'est le no man's land : parkings vides, rues désertes, boutiques aux rideaux de fer tirés, seuls quelques cafés accueillent des clients en terrasse. Alors qu'à Toulouse, comme dans toutes les localités de métropole, le centre-ville est pris chaque samedi d'une fièvre de shopping, ici à Fort de France la vie s'est arrêtée à 12 h et ne reprendra que lundi. Toutefois, pas question pour les Martiniquais d'occuper leur week-end avec des visites culturelles : les musées sont au diapason ! Où sont-ils donc passés tous ces Martiniquais ? Nous jetons un oeil sur le mouillage sur la baie des Flamands : quelques voiliers s'agitent dans un roulis rythmique, le quai de commerce est vide, le Queen Elisabeth II est parti il y a deux jours après avoir alimenté largement les discussions : fierté de la Martinique d'avoir accueilli le fleuron des paquebots de croisière, interrogation des autorités sur l'avenir du tourisme de croisière sur l'île qui a perdu ces dernières années des milliers de passagers avec le départ d'une grosse compagnie au profit d'îles voisines, peut-être plus accueillantes et surtout moins chères. L'arrivée de la compagnie Cunard est-il un signe de bon augure ? Nous passons devant la bibliothèque Schoelcher, elle est bien entendu fermée et nous regrettons de ne pouvoir la visiter. Construite à Paris pour l'Exposition Universelle de 1889, démontée, transportée et reconstruite sur place à Fort de France, elle possède une verrière qui ne peut s'apprécier que de l'intérieur... On repart en voiture : traversée du quartier populaire de Fort de France, on n'est pas loin du bidonville, et grimpons sur les hauteurs, au Sacré-Coeur de Balata, réplique au 1/5ème du Sacré-Coeur de Montmartre, la vue sur la baie est splendide, le jardin botanique proche est parait-il magnifique, nous ne pourrons pas le vérifier... il est fermé pour le week-end ! Le soleil s'est couché sur l'horizon et toujours la même interrogation : où sont passés tous les Martiniquais ? La réponse se trouve en périphérie de la capitale, dans les zones d'activités commerciales, j'ai nommé les hypermarchés : Carrefour, Super U, ... les temples de la consommation drainent les populations refoulées du centre-ville dès midi. Nous nous joignons à la "grand messe" pour tuer les quelques heures qui nous séparent de l'arrivée de Philippe et Isabelle qui débarquent à l'heure exacte à l'aéroport du Lamentin au terme d'un vol de 9 heures. Nous retournons de suite sur Audélie. Philippe et Isabelle, malgré leur fatigue ouvrent leurs sacs pour déballer livres, jouets, kits à scoubidous (pour les filles), des paquets de bonbons (pour tout l'équipage, non mais !), notre courrier et nous donnent dans le désordre les dernières nouvelles de Toulouse. Dimanche matin, nous rendons la voiture puis nous quittons le port pour le mouillage de Sainte-Anne à peu de distance. Ce court déplacement, en eaux calmes, suffit à achever Isabelle qui passera la journée couchée, vaguement nauséeuse. Le reste de l'équipage se baigne, va à la plage et sirote le ti-punch.
Le vent est soutenu, force 5 à 6, et nos nouveaux passagers font la découverte de la météo tropicale : l'alternance soleil - grains. Sous ses latitudes : pour garder un tee-shirt et un short secs, il y a deux attitudes possibles. On peut décider de subir et donc de rester en maillot de bain, c'est la méthode "pani pwoblem". Il y a la méthode "scientifique" basée sur l'observation permanente des masses nuageuses : attendu que ce gros nuage noir que je vois sur l'horizon est dans mon Nord-Est et que le vent est de même direction... le prochain grain est-il pour moi ou pour le voisin ? La réflexion doit être rapide, une rafale, la mer s'assombrit, il est déjà trop tard pour courir, vous venez de prendre une douche tropicale. Patientez, le nuage passe son chemin, déversant un peu plus loin ses cataractes de pluie, le soleil est revenu, avec en prime un ou deux arcs en ciel. La température est heureusement toujours agréable. Isabelle et Philippe sont de bons élèves : au cri d'alerte "Graiiiinnn !" que tout un chacun à bord se doit de pousser dès identification du "danger" : c'est un ballet d'ensemble bien coordonné : fermeture des panneaux de pont, ramassage du linge sur les filières, rangement des bouquins qui traînent dans le cockpit. Notre guide touristique des Caraïbes a subi un grain et ne s'en est jamais remis, les pages de la Dominique, dernière escale traitée par ce livre ont été détachées une par une, et malgré des précautions infimes, nous n'avons pas pu tout sauver, les rescapées baignent dans une humidité résiduelle en pochettes individuelles plastiques. Les quatre jours suivants le vent de force 5 à 7 et une mer forte ne nous incitent pas à entreprendre la traversée du canal de Sainte Lucie. Aussi, promenades, baignades, shopping, CNED font notre quotidien. Isabelle et Philippe qui viennent du froid n'échappent pas aux coups de soleil. Jeudi matin, les conditions s'améliorent un peu, on peut y aller. Le bateau est rangé, l'annexe remontée. Dans l'éventualité du départ, nous avions fait les formalités de sortie la veille. Dès le début de la traversée, Isabelle est touchée par un sévère mal de mer qui la laisse allongée avec une bassine à proximité. Les conditions sont vivifiantes, mais comme nous sommes au portant, Audélie marche bien, grand largue avec 2 ris et un tiers du génois. Les vagues font 2 à 3 mètres. Le canal est avalé en 4 heures. A 14 heures nous jetons l'ancre à Marigot Bay, dans la partie intérieure, la plus protégée. Les hautes collines qui nous entourent arrêtent le vent, mais les grains continuent à se succéder. Entre les grains, nos invités peaufinent leurs coups de soleil, pardon leur bronzage.
Nous partons visiter Castries, la capitale, l'après-midi. Des taxis espèrent le client au débarcadère, et me traitent de mauvais capitaine qui va faire marcher ses clients jusqu'aux taxicos qui passent sur la grand-route distante de 2 km environ. Nous montons jusqu'au village où la vue sur le mouillage est splendide. Un taxi s'arrête et finalement après négociation, nous amène à Castries pour à peine plus cher qu'un taxico. Castries est une ville qui n'a pas beaucoup de charme. Habitué au débarquement de paquebots (il y en a 2 aujourd'hui), tout le quartier proche du port n'est qu'une vaste zone de boutiques de duty-free et halles aux souvenirs. Les petits supermarchés proposent un peu de tout, à des prix corrects, bien mieux équipés que ceux des îles plus au Sud. Au marché au poisson, nous sommes contents de pouvoir acheter du red-snapper que nous n'avions pu trouver depuis Trinidad. Philippe et Isabelle n'arrivent pas à utiliser leur carte bancaire pour retirer un peu d'argent. Nous faisons quelques petits achats puis renégocions les tarifs avec un taxi pour nous ramener à Marigot Bay. Samedi matin, nous partons pour Rodney Bay, au
Nord de l'île. 3 heures de mer au moteur et sous le vent de l'île
nous y amènent. Isabelle n'a pas trop le mal de mer et peut profiter
un peu du paysage. Nous mouillons dans le
lagon qui est un port naturel dont une partie a été aménagée
en marina. De splendides propriétés avec gazon à
l'anglaise, pontons privés et maisons de rêve bordent la
partie Ouest du lagon. Nous partons en soirée pour dîner à terre. La première difficulté est de trouver un endroit pour débarquer. Côté marina, pas de problème, mais il n'y a que des restaurants chers, côté mer, il semble y avoir pas mal d'animation, mais tous les pontons sont privés. Le lagon est vaste, et aller d'un coté à l'autre est assez long. Nous trouvons un ponton un peu branlant côté mer et nous passons la soirée dans une pizzeria ; c'est la Saint-Valentin, et à Sainte-Lucie aussi les ballons en forme de coeur sont de sortie, on vient en famille, papa et maman roucoulent en terrasse, les enfants s'éclatent sur la grande aire de jeux qui leur est réservée : balançoires, toboggans, jeux gonflables, trampolines... Emilie et Claire viennent avaler une morceau de pizza et un grand verre d'eau avant de repartir jouer. Le volume sonore de l'endroit n'est pas négligeable mais pour les filles c'est une soirée top, "trop géniaaaall !".
Nous passons là deux jours de farniente, CNED, baignades et promenades tranquilles, le village de pêcheurs voisin est agréable, le dimanche nous nous y promenons, ce jour-là les habitants se partageaient entre le match de base-ball auquel nous arriverons trop tard, le spectacle des petits de la maternelle et bien évidemment la plage où on s'installe en campement familial autour d'un barbecue, après avoir étendu des bâches sur les arbres pour s'abriter du soleil comme de la pluie, les jeunes sont en bandes au coin de la rue, et ce qu'ils fument ne ressemblent pas à des Marlboro. Le lundi, Philippe et Isabelle, qui ont finit par pouvoir retirer des dollars EC, font leurs derniers achats à Sainte-Lucie, la météo consultée à la Capitainerie m'inquiète un peu car elle annonce un renforcement du vent dans les canaux, on fait la clearance et le mardi matin, nous préparons Audélie pour retraverser la canal de Sainte Lucie. Comme nous serons au près serré dans une mer formée avec des vents annoncés entre 20 et 30 noeuds, nous décidons de monter la trinquette sur l'été largable. L'annexe est remontée, et tout bien rangé pour affronter le canal. Très vite dès la sortie de la baie, Isabelle reprends ses "habitudes" : terrassée par le mal de mer, elle rester allongée dans le carré. La formule trinquette et grand voile à deux ris fonctionne bien, et Audélie avance à 5/6 noeuds à 60° du vent malgré les vagues de 2 à 3 mètres. Nous prenons de bons paquets de mer que le soleil assèche rapidement. Philippe prend plaisir à cette traversée et se fait un délire à la Loïc Peyron en se filmant avec sa caméra numérique, il nous fait beaucoup rire. A midi, nous jetons l'ancre au mouillage de Sainte-Anne et Isabelle reparaît dans le monde des vivants. Elle qui "agonisait" dans le carré, n'avait que nos éclats de rire à l'animation burlesque de Philippe et se demandera sûrement à vie comment on peut apprécier une telle épreuve. L'idée du petit chalet à la montagne comme résidence secondaire vient de faire un pas de géant, le bateau en est définitivement exclu. Une place nous est attribuée à 15 h au Port du Marin. Nous avons prévu de passer les deux derniers jours avant le départ de Philippe et Isabelle à visiter la Martinique. Mercredi matin, Philippe et moi partons faire les formalités d'entrée en Martinique. En passant, nous nous arrêtons visiter un catamaran à vendre. C'est un Lagoon 410 qui sort de défiscalisation et je suis agréablement surpris par le très bon état de bateau qui est loué depuis 5 ans. Nous sommes depuis longtemps convaincus par l'incontestable agrément du catamaran pour son habitabilité mais méfiants quant à ses qualités nautiques. Depuis les Grenadines, nous avons eu tout loisir d'observer leur comportement dans les canaux et nous avons été impressionnés par leurs mouvements très sains malgré une houle parfois forte. Claire depuis cette visite ne parle plus que de "sa cabine" sur son cata, nous annonce qu'elle est prête à sacrifier son argent de poche pour aider papa et maman à financer l'achat du plus beau bateau qui soit, on lui a expliqué qu'à raison de 5 € par mois, il serait payé d'ici.... 3 000 ans ! De retour avec la voiture de location, nous retrouvons "nos femmes" qui nous attendent sur le parking du port avec les piques niques dans les sacs à dos, nous partons de suite vers Rivière Pilote visiter la rhumerie du Domaine La Mauny. Notre guide, une jeune martiniquaise, nous explique avec passion tout le processus de la fabrication du rhum agricole.
Le stockage ne doit pas excéder 24 heures après la coupe, la canne doit être broyée très vite pour ne pas s'altérer. On obtient alors le jus de canne ou vésou qui sera mis à fermenter, les résidus de la canne, appelés bagasse, servent de combustible aux chaudières de la distillerie qui chauffent les colonnes de distillation, c'est écologique ! Après distillation, le rhum titre jusqu'à 75°, il est stocké pendant 6 mois dans des cuves, puis coupé avec de l'eau pour faire descendre son degré d'alcool à 55°, il est alors embouteillé, prêt à être déguster en planteur ou en ti-punch. C'est le rhum blanc agricole, totalement incolore, mais toutes les distilleries proposent du rhum vieilli en fût de chêne, il prend une jolie couleur ambrée (ne pas confondre avec le rhum que vous mettez dans vos pâtisseries, c'est du rhum industriel), les plus vieux valent paraît-il les plus grands Cognacs.
Nous prendrons notre pique-nique au François, sur la côte au vent. Il y a de beaux mouillages protégés par une longue barrière de corail qui protège la moitié Sud de la côte au vent de la Martinique, mais la navigation n'y est pas simple car seules quelques passes permettent d'y pénétrer et de nombreuses patates les encombrent. Les villages de cette côte ne présentent pas d'attraits particuliers, aussi, nous partons vers la Montagne Pelé. La végétation autour du volcan est luxuriante. On sent bien que la montagne arrête les nuages et qu'il pleut souvent !
L'arrêt à Saint-Pierre est émouvant, les ruines de la ville rappellent qu'avant l'éruption de 1902 c'était la riche capitale de la Martinique, le Petit Paris des Antilles, après l'éruption elle n'était qu'un champ de ruines, un cimetière de 30 000 victimes, et l'escale sans retour des nombreux bateaux qui y périrent. Saint-Pierre, c'est aujourd'hui un petit village de 5 000 habitants toujours blottie contre son volcan. Nous reprenons le chemin du retour par la route de la côte. Un accident de la route nous bloquera une heure entière avant de traverser Fort de France. La soirée sur Audélie ne durera pas longtemps avant que le sommeil nous gagne. Jeudi matin, dernier jour du séjour de nos amis, Philippe organise méticuleusement le contenu des bagages et nous partons pour l'aéroport du Lamentin pour leur enregistrement. Au moment de ressortir de l'aéroport, nous croisons Pierre, un surveillant du Caousou qui vient lui aussi d'enregistrer ses bagages. Habitué des Antilles, il vient de passer ses vacances de février en Martinique. Nous discutons un moment. Ca fait drôle de rencontrer des connaissances à l'autre bout du monde. Nous partons vers Le Robert, sur le bord de la route, un stand de vente ambulante propose de la viande boucanée, nous prenons un poulet et des ribs, du coup, nous faisons un détour vers le supermarché pour organiser un pique nique de qualité ! Nous trouvons au Robert un front de mer magnifique, avec gazon, cocotiers et flamboyants pour l'ombre, et les îlots et la barrière de corail pour la vue. La viande boucanée est succulente ! Préalablement marinée puis cuite sur un grill alimenté en bagasse, c'est à dire les résidus de canne à sucre écrasée, la viande à une saveur extraordinaire. On s'en lèche encore les doigts ! Nous passons ensuite par quelques boutiques afin qu'Isabelle et Philippe complètent leurs achats et nous partons pour le Sud-Est de l'île. Aux Trois-Ilets, nous nous arrêtons au Domaine Château Gaillard qui regroupe différents artisans, travail du bois, de la poterie, des fleuristes... nous y découvrons au milieu de parfums des tableaux ayant pour thème la mer dont la justesse des couleurs nous laisse admiratifs. Nous serions heureux d'acquérir un de ses tableaux mais les prix sont à la hauteur de leur beauté. La dame qui tient la boutique présente avec passion et gentillesse les produits que lui confient des créateurs. Nous trouvons par contre dommage que le musée café et cacao soit payant, l'exemple des distilleries devrait être suivi, les visites sont gratuites mais largement rentabilisées par les achats que font les visiteurs dans les cases à rhum.
Nous arrivons au village du Diamant à la nuit tombée, ce qui nous permet de découvrir une très belle église récemment rénovée et bien mise en valeur par son éclairage. Après un arrêt repas en restauration rapide, il faut repartir vers l'aéroport pour qu'Isabelle et Philippe puissent retrouver les froidures hivernales toulousaines. Nous rentrons sur Audélie, et ça fait toujours un peu vide quand nos équipiers nous quittent.
3 jours tranquilles de baignades, Cned, et autres activités de navigateurs au mouillage, mais on attend de pied ferme l'événement phare du carnaval en Martinique, le grand "vidé", c'est-à-dire le défilé. Deux manifestations partagent l'île en deux, le carnaval du Sud, le carnaval du Nord. Cette année le carnaval se tient au Vauclin pour le Sud de la Martinique, et nos recherche de moyens de transport s'avèrent veines ! Ce jour là, pas de taxicos, pas du bus, rien ne fonctionne ! Pas d'autre solution que de louer à nouveau une voiture, juste pour faire 10 km aller et autant retour ! Nous découvrirons plus tard que le Carnaval Nord se tenait à Saint-Pierre, on aurait ainsi éviter une location de véhicule puisque c'était notre escale suivante ! Artemo se laisse aussi tenter, et nous louons 2 voitures pour le lundi matin. Dès 8 h 30 nous en prenons possession, la loueuse est pressée de fermer boutique pour aller elle aussi au Carnaval, elle est d'ailleurs vêtue de la tenue traditionnelle créole : chemisier blanc à broderies anglaises, jupon blanc et jupe aux coloris madras, c'est ravissant. Nous passons d'abord par le port du Marin afin de rendre des livres à Michelle de Patal car nous avons prévus de partir dès le lendemain. Devant notre projet de Carnaval, Michelle et Sylvain se laissent tenter et décident de nous accompagner. Nous arrivons vite au Vauclin où les parkings immenses improvisés pour la journée sont encore presque vides. 7 000 places de parkings ont été prévus et dès 12 h les routes seront fermées. Le tour du Vauclin est rapide, toute l'activité est tournée vers la parade prévue pour la fin de l'après-midi. On déjeune à l'ombre à la table d'un restaurant ambulant monté pour l'occasion et qui affiche en manière de menu unique une paella, curieux, non ? A défaut d'être un chef d'oeuvre culinaire, c'est copieux. Nous allons ensuite nous positionner à un endroit stratégique du parcours afin d'avoir un bonne vue du spectacle. La foule augmente petit à petit, le spectacle est déjà dans la rue, parmi les simples spectateurs que nous sommes, de nombreuses personnes sont déguisées, outre le costume traditionnel que de nombreuses dames et jeunes filles exhibent, les déguisements les plus extravagants commencent à apparaître. Le lundi du carnaval est jour de mariage burlesque : les hommes sont habillés en femmes et réciproquement. Des hommes portent de somptueuses robes blanches brodées, certains avec une grâce très féminine, d'autres des robes gonflées de coussins pour annoncer une naissance future, d'autres enfin se promènent juste vêtus de strings dans des poses très suggestives ! Leur numéro déclenchent l'hilarité de la foule. L'ambiance est bon enfant, l'interdiction de vente et de consommation d'alcool respectée, tout le monde s'interpelle, se félicite, se prête aux sollicitations des photographes..
La parade commence à 16 heures, mais ne passe devant nous qu'à partir de 16 h 30. La musique fait vibrer les murs, chaque commune a un thème différent, mais chacune a sa reine, sa dauphine, sa reine-mère et sa mini-reine, les costumes sont fastueux, toutes les classes d'ages sont présentes, de la mamie de 84 ans déguisée en égyptienne au petit bout de chou qui se déhanche jusqu'au bout de ses forces, tout le monde vit le carnaval. C'est la fête que toute l'île attend pendant une année, chaque commune met en oeuvre originalité, créativité et beauté des costumes qui éclatent dans une défilé éblouissant.
Ce n'est pas Rio, le marathon de samba, ni Trinidad et ses somptueuses reines de carnaval, ce n'est pas Nice et ses chars fleuris, ni Venise et ses soirées très chics et très privées, c'est la Martinique avec son enthousiasme et sa simplicité et on est ravis d'être au Vauclin pour assister à ce grand défouloir coloré, à la fin du défilé, les spectateurs se joignent au vidé pour danser au rythme de la sono dans un grand ensemble qu'aucun chorégraphe ne pourrait organiser. C'est la fête, elle est joyeuse et vous laisse un sourire béat au coin des lèvres. Nous ne regagnons le chemin du parking qu'à la nuit tombée avec de la musique plein les oreilles et des couleurs plein les yeux. La sortie du parking est moins souriante, et nous mettrons 1 heure à en sortir avec des conducteurs s'énervant de plus en plus, d'autant que les bouteilles de rhum commencent à se vider. Nous passons ramener l'équipage de Patal au Marin et leur faisons nos adieux. Il est probable que nous ne nous reverrons pas de sitôt. C'est eux que nous avions rencontré en premier dès l'Espagne et dont nos rencontres avaient rythmé notre voyage. Ils nous invitent à venir à leur bord passer des vacances au soleil quand nous voudrons ! En repartant vers la voiture, nous croisons Didier de Balum, en discutant, il s'avère que lui aussi part demain dans la même direction que nous, aussi décidons nous de faire un bout de chemin ensemble. Mardi matin, nous levons l'ancre pour Saint-Pierre où nous comptons assister à la fin du Carnaval, avant de poursuivre vers la Dominique.
Le mardi est pour le carnaval, journée des "diables rouges", tout le monde est déguisé en rouge et le soir c'est reparti pour un vidé derrière le camion sono. Inlassablement le cortège sillonne la ville : ça danse, ça court, ça chante, la fête continue dans les rue de Saint-Pierre et en particulier sur la place ouverte sur le mouillage. Nous sommes aux premières loges, en particulier question musique. Nous sombrons dans le sommeil avant que la vidé ne s'arrête ! Mercredi, il est 6 h du matin et c'est reparti. Les Pierrotins prennent le vidé en marche au bas de leur maison dans la tenue qu'ils portaient lorsque la musique a commencé à retentir, c'est à dire en pyjama ou chemise de nuit, c'est le vidé en pyjama ! L'enthousiasme est intact et il sera toujours temps de prendre du repos demain, aujourd'hui c'est Mercredi des Cendres, ce soir on brûlera Vaval et on entrera en Carême, fin des réjouissances. L'après-midi, nous partons en promenade avec Didier sur les mornes entourant le village. Promenade agréable par de petits chemins, les Pierrotins que l'on rencontrent au hasard d'une rue ou d'un chemin entament spontanément la conversation, ils sont très sympathiques.
Balum et Audélie ont décidé de partir jeudi matin vers la Dominique. Je vais faire les formalités de sortie, Balum les a faites au Marin avant d'en partir. Le bureau des Douanes est fermé ! Une vedette des Douanes vient d'arriver en rade, je leur demande si par hasard, ils n'accepteraient pas de me faire ma clearance, après une hésitation, ils acceptent car "le bureau de Saint-Pierre est définitivement fermé" me disent-ils, et il me faudrait retourner à Fort de France ou au Marin. J'ai de la chance ! Ils se sont arrêtés ce matin à Saint-Pierre juste pour acheter du pain, et ils repartent aussitôt.
Nous arrivons à Roseau en Dominique en fin d'après-midi, et un boat-boy vient se proposer pour notre amarrage alors que nous sommes encore à 4 milles du mouillage.
Audélie et Balum optent pour le corps-mort, Pancho, le boat-boy nous attribue nos corps morts et encaisse nos paiements. Peu de temps après, un autre boat-boy vient à son tour réclamer le paiement des bouées. "Ah mais, mon bon, on a déjà payé Pancho !". A partir de là, la suite est devenue confuse. On se fait bien engueuler car on ne veut pas le payer. Pancho arrive à son tour, et les cris continuent entre eux, chacun s'étant mis d'un côté d'Audélie. Pancho me semble de bonne foi et je prend son parti d'autant qu'il reste poli avec nous et désolé de la tournure des événements. Je finis par demander qui est propriétaire des corps morts. Celui de Balum est propriété d'un type qui est assis là-bas sur le ponton et dont notre second boat-boy affirme être le seul habilité à encaisser le paiement. "Bon, dis-je, allons voir le propriétaire !" Didier et moi montons avec Pancho, au grand dam de l'autre qui voulait nous amener. Devant le propriétaire, je demande s'il est bien conscient que j'ai payé son corps mort à Pancho, et si pour lui tout est OK, Il me répond que tout est OK, et à ma question de savoir si pour l'autre corps mort on pouvait faire confiance à Pancho pour payer son propriétaire, il me dit OK. Pour nous le problème est réglé, mais le "perdant" est furieux, disant que s'étant déclaré seul intermédiaire des propriétaires, on le trahissait, et que puisque c'est comme ça, il coupera les amarres ! Pancho nous ramène, désolé de la scène, nous expliquant que ce type était timbré, et que ce n'est pas avec des histoires comme celle-là que les bateaux viendraient en Dominique. En effet, la réputation de la Dominique est détestable, et les guides mettent bien en garde contre l'accueil agressif des boat-boys. Je double l'amarrage au corps morts avec un filin d'acier cadenassé afin d'éviter les surprises nocturnes. Didier et moi sommes un peu refroidis, d'autant que le mouillage est rouleur, l'environnement pas terrible. Nous décidons de repartir dès le lendemain pour Prince Ruppert Bay. La nuit sera rouleuse et nous n'avons pas bien dormi, aussi dès 8 h, Balum et Audélie sont en route au moteur pour les 20 milles nous séparant de Prince Ruppert Bay. Comme la veille, nous sommes "accueillis" par un boat-boy alors que nous sommes encore à 4 milles de la baie. Par contre, ici, nous mouillons dans des conditions normales et cette baie est correctement protégée. Dès que nous sommes mouillés, les boat-boys arrivent, les uns pour nous vendre des fruits, les autres pour nous amener les sacs poubelles, d'autres pour nous vendre des sorties en taxi, d'autres pour nous proposer la visite de l'Indian River, la curiosité locale. Il y en a même un qui n'a rien a vendre, mais qui se propose de me nettoyer la coque des traces laissés par les bateaux de ses collègues. Pénible. Nous allons l'après-midi avec Balum en balade au village. L'agression continue à tout les coins de rues : l'une nous vante son restaurant en nous poursuivant dans la rue pendant 200 m, l'autre nous annonce avec le plus grand des sérieux que nous devons lui acheter ses paniers parce que nous on a de l'argent et que lui il faut bien qu'il vive, notre refus le laissera de très mauvaise humeur. Le village, c'est vrai ne respire pas la richesse. Paradoxe, il y a quelques restaurants sur la plage, tenus par des blancs, à des pris exorbitants, d'ailleurs, il n'y a personne. Ca suffit, nous décidons de repartir dès le lendemain, alors que nous pensions passer quelques jours. Je m'étais étonné du petit nombre de bateaux, moins d'un dizaine, dans cette splendide rade qui contiendrait une escadre, maintenant je comprends. Un de nos guides dit d'ailleurs que la plupart des plaisancier boycottent la Dominique, à cause de la lourdeur de l'accueil que les navigateurs y reçoivent. Nous vivons la Dominique comme un échec, nous sommes sûrement passés à côté faute d'en avoir trouvé la clé. L'île, qui aujourd'hui n'est pas encore complètement explorée, est proche de son état originel. La Dominique s'annonce aussi comme la terre de la dernière communauté d'indiens Arawaks, peuple originel des îles Caraïbes, massacrés par les Conquistadors. Leur réserve est ouverte aux visiteurs auxquels ils vendent des souvenirs. L'idée nous choque : une sorte de zoo humain avec une mission : protéger les derniers survivants d'une groupe ethnique, les protéger de quoi ? Du mélange racial ? De la civilisation ? Les indiens Navajos sont-ils plus heureux dans leur réserve où intégrés dans la société américaine ? Vendredi matin nous nous élançons pour les 20 milles qui nous séparent des Saintes en terre française. Le canal de la Dominique est calme, nous avançons au portant dans des conditions idéales. Nous sommes conscients qu'il faut en profiter car les canaux offrent rarement ces conditions de navigation. Balum et Audélie naviguent à quelques mètres l'un de l'autre. Nous croisons Persévérance, un bateau rencontré à la Barbade. Didier les connaît mieux que nous, ils se saluent par radio et se souhaitent mutuellement un bon voyage. Nous mouillons à midi en rade des Saintes, devant la célèbre maison en forme de proue de navire sortant de la falaise à Terre-de-Haut. Nous nous sentons bien dans cette rade, devant le bourg aux petites maisons pimpantes aux toits colorés. En début d'après midi, nous partons sur les conseils de Didier qui est déjà venu ici, visiter le Fort Napoléon, au sommet du morne qui surplombe le mouillage. Agréable promenade ou nous découvrons enfin ce qu'est le mancenillier, cet arbre qui produit un poison tellement dangereux que l'ingestion de ces fruits peut être mortelle et sous lequel il ne faut surtout pas s'abriter quand il pleut, car la pluie lavant l'arbre se charge de ce suc et brûle gravement les imprudents. Ils sont bien signalés avec des pancartes et les troncs sont ceints de peinture rouge. Nous découvrons aussi des iguanes, énormes lézards préhistoriques qui se prélassent au soleil avec placidité. Placidité de circonstance car il peuvent détaler à grande vitesse et grimper aux arbres avec une agilité surprenante. Nous ne pourrons malheureusement pas visiter le fort car il n'est ouvert que le matin. Nous ne regrettons cependant pas notre montée, tant la vue est magnifique. Un rapide passage par la station internet certainement la plus chère des Caraïbes (12 € de l'heure) nous informe que Michel et Jeannine qui devaient passer quelques jours en notre compagnie en Guadeloupe sont obligés de retarder leur voyage. Nous retournons sur Audélie où nous assistons à un superbe coucher de soleil. Le lendemain, après le Cned, et une pause glace au village (on recommande chaudement le glacier prêt du bijoutier, c'était un délice !) nous partons en promenade pour la baie de Pompierre, anse ronde fermée par une passe étroite et bordée par une magnifique plage ombragée de cocotiers. Un sentier part du bout de l'anse pour une randonnée par les crêtes. La vue sur les anses des Saintes et sur les îles voisines, la Dominique, Marie-Galante, Petite Terre, la Désirade, la Guadeloupe est somptueuse. La végétation est rabougrie, et les chèvres se disputent le terrain avec les iguanes. Le sentier nous ramène vers les premières maisons du bourg.
Sur le chemin du retour, nous passons devant la criée au poisson juste au moment d'un arrivage de daurades coryphènes. Balum et Audélie s'offrent à un prix très raisonnable une daurade de 4 kg. De retour sur Audélie, nous préparons la bête pendant que Balum fait cuire les pommes de terres l'accompagnant. Le repas est un régal. Durant la nuit, un grain violent nous secoue un peu, mais surtout le vent semble s'établir durablement. Au matin, pendant que les filles travaillent les mathématiques et le Français, Didier va chercher une météo sur Internet. A son retour, il nous annonce une montée régulière du vent pendant les jours à venir. En apprenant que Michel et Jeanine ne venaient pas, nous avions prévu de rester ici jusqu'à l'arrivée des parents de Valérie, et de n'aller qu'au dernier moment en Guadeloupe. Cette montée du vent m'incite à partir plus tôt pour traverser le Canal des Saintes tant que les conditions sont normalement maniables. Valérie, Didier et Emilie partent en promenade pendant que je reste avec Claire à bord pour rattraper le travail scolaire qu'elle n'a pas bien fait le matin. Les promeneurs visitent la partie Est de l'île et reviennent enchantés. Claire et moi allons les rejoindre en fin d'après-midi au bourg. Nous nous arrêtons sur les bancs de la place, et sommes rejoints par un jeune couple avec une petite fille qui sont nos voisins de mouillage. Discussion de navigateurs qui très vite se rendent compte qu'ils connaissent les même bateaux, eux étaient il y a quelques jours à peine avec Penn Kalet. Mardi matin, Balum et Audélie prennent des routes différentes. Didier prend la côte Ouest de la Guadeloupe pour se rendre à Antigua dès que la météo le permettra, alors que nous piquons au Nord-Est vers Pointe à Pitre. Justement, le vent est établi au Nord-est force 5. Heureusement, la mer n'est pas encore trop levée. Nous avons bien fait de partir, car la météo attaque un BMS annonçant un vent montant jusqu'à 7 avec des creux de 4 mètres dans le Canal. Nous nous faisons bien rincer quand même.Nous arrivons à 14 h à la marina du Bas du Fort, proche de Pointe à Pitre et proche également de l'hôtel ou logeront les parents de Valérie. Nous retrouvons Jel et Jok en voisins de quai. Nérée de Saint-Cyprien, rencontré aux Canarie est là aussi. Nous sommes en pays de connaissance, et c'est bien agréable. Nous serons donc dans le secteur pour les 15 jours à venir avant de remonter vers les Iles Vierges. |
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