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de Saint-Cyprien à Gibraltar

 

 

Samedi 5 juillet 2003

Valérie a quitté le bureau la veille et on est partis pour St Cyprien aussitôt. L’avitaillement fait la semaine précédente, il ne restait qu’à ranger les vêtements, arrimer ce qui devait l’être, ... "une place pour chaque chose, chaque chose a sa place ".

Au matin, Olivier s’occupe de compléter les pleins de gasoil, des réservoirs d’eau, de confirmer à la Capitainerie notre départ pour un an et donc la disponibilité du ponton en espérant sa relocation en ces temps de pénurie de place dans les ports de l’hexagone. Valérie profite du 220 V pour passer un dernier coup d’aspirateur et rincer le pont du bateau couvert d’une poussière rouge charriée par le vent.

Le départ est un peu triste, nos amis de Baloo sont partis faire des courses, seule Odile de "Cheyenne" est là pour nous souhaiter un bon voyage mais furieuse contre les pêcheurs installés sur les quais en toute illégalité : Fidji son adorable caniche est revenu de sa promenade matinale avec une bobine de fil est un hameçon au fond de l’estomac. Fidji est sur la table d’opération et nous partons sans être rassurés.

En ce matin de départ nous avons trouvé un alibi pour ne pas aller plus loin que le bout du jardin, nous nous arrêterons à la Selva pour acheter de ce si bon rosé que nous avons bu chez nos amis. Nous partons donc pour une croisière typique des week-ends de la belle saison.

Il y a une constante à nos départs en vacances, le ciel est toujours passablement nuageux. Le vent faible nous pousse au près serré jusqu’à Béar puis grand largue, mais c’est au moteur que nous arrivons dans le mouillage de la Selva où nous avons toujours plaisir à jeter l’ancre.

Ce soir, on fête le départ en vacances : après souper on ira manger une glace chez le glacier Dino mais sur la plage la tentation a été trop forte, les filles préfèrent s’éclater sur le château gonflable.

Paul, le frère d’Olivier nous téléphone, il a quitté Canet avec son Tahiti Ketch pour venir nous rejoindre mais le vent de Sud-Est s’est levé et rend sa progression difficile, il s’arrête finalement à Port-Vendres.

C’est avec une grande surprise qu’en nous levant le lendemain nous reconnaissons la silhouette d’Oana s’engageant dans la baie. Paul n’est pas un garçon matinal, et nous saluons l’exploit. Nous restons à couple le temps d’un petit déjeuner commun, Véronique son épouse nous fait de petits cadeaux pour saluer notre départ, c’est une attention bien sympathique. Puis nous levons l’ancre.

A son habitude, le vent est debout jusqu’à Creus puis portant pendant deux heures et à nouveau dans le nez, nous prenons un cap un peu plus Est que prévu pour progresser avec le vent. Curiosité, la mer nous pousse par l’arrière alors que nous sommes au près serré : on croise donc un bateau au portant qui, lui, plante des pieux, le ciel est gris plombé et on sent l’orage proche, le vent monte, la gîte trop prononcée nous emmène à réduire puis à mettre à la cape le temps du souper que nous prenons au chaud dans le carré. Emilie est nauséeuse et le comprimé de Mercalm arrive trop tard... Ce soir soirée vidéo, les filles choisissent « Le bossu de Notre-Dame ». Valérie, un peu apathique toute la journée, hésite à mettre ça sur le compte de la fin de l’année scolaire ou sur un manque d’amarinage, sûrement les deux. Dans le doute, elle prend un comprimé de Sureptil. Le film s’est terminé, les filles ont regagné la cabine avant et s’endorment aussitôt. Valérie n’attendait que ça pour en faire autant, elle s’effondre donc à 22 h pour ne refaire surface qu’à 1 h 30, où elle prend son quart jusqu’à 4 h 15, pour replonger dans les bras de Morphée jusqu’à 7 h 30. Son capitaine est trop bon !

La mer est belle, la canne à pêche est en service, le soleil monte à l’horizon promettant une chaude journée. A 9 h, Olivier se réveille et on fait un essai de spi : pas concluant, le vent est tombé et ne parvient même pas à le gonfler. La mer d’un bleu profond nous invite à la baignade, on affale la grand-voile et toute la famille se retrouve à l’eau, un adulte en permanence sur le bateau. C’est toujours une sensation curieuse de nager autour du bateau par plusieurs centaines de mètres de fond à des miles de toute terre, la mer ici semble comme au premier jour, vierge de toute pollution, sensation démentie par la touche au petit matin d’un sac plastique sur notre ligne de pêche.

Justement en parlant de pêche, ça y est nous avons fait notre première prise dans la matinée : un petit thon jaune. Moment historique ! Nous sommes depuis des années la risée (discrète) de nos voisins de ponton qui chaque année ornent leur portique des queues de leurs prises alors que nous revenons bredouilles chaque année, voire même totalement démunis de nos leurres : trop gros pour notre équipement, les thons qui mordaient à l’hameçon emportant d’un coup de dent nos leurres et nos espoirs.

On remonte le thon sur la plateforme arrière, et Olivier décrète que maintenant la suite est de mon ressort ! Je m’attaque à la bête, sectionnant pour commencer la tête, au passage leçon de biologie pour Emilie et Claire qui voient pour la première fois le système respiratoire des poissons et par la même occasion qu’un poisson contient une certaine quantité de sang, comme nous. Elles ont bien voulu poser pour la postérité en tenant avec fierté le petit thon mais maintenant à la vue de tout ce sang il n’est pas sûr qu’on arrivera à leur faire manger du poisson au déjeuner ! Le découpage n’est peut-être pas fait dans les règles de l’art : fallait-il le découper en darnes ou lever les filets, j’ai opté pour les filets. Il finira donc mariné au vin blanc avec tomates et oignons. Bien entendu les filles seront réservées... ça aurait été plus simple s’il était sorti d’une boîte de conserve.

A mi-chemin du Delta de l’Ebre et de Puerto Soller, le soleil est maintenant très chaud et le bimini et toutes ses extensions ont été installées, la brise est inexistante. Nous avançons au moteur sur une mer semblable à un miroir. Olivier s’installe dans la cabine avant pour faire la sieste, les filles me sollicitent avec énergie pour partager une partie de Uno ou du Jeu des Incollables mais la lutte contre le sommeil est rude à l’ombre du bimini. Ma lecture du Pianiste est interrompue par des micro-coupures d’endormissement. Je lis assez peu pendant l’année et en croisière je rattrape le temps perdu. L’an passé je lisais un livre de Jack London, un reportage sur les quartiers miséreux de Londres au siècle dernier, sous la douce torpeur d’Espalmador, en total décalage avec ce que lisais. Le Pianiste me remet dans la même horreur avec une violence supplémentaire, celle de la haine raciale.

Olivier n’ayant qu’une confiance encore limitée dans ma vigilance à surveiller la circulation maritime se réveillera assez rapidement. Je ne laisse pas le temps à la couchette de se rafraîchir, je m’y rue pour deux heures et demi d’un sommeil lourd et sans remord.

L’esprit plus clair, je me lance dans la rédaction de notre journal de bord.

Pour souper, le thon remporte un peu plus d’enthousiasme de la part d’Emilie et Claire qui après en avoir mangé une petite part, le déclare délicieux. Pendant le repas, des petits groupes de dauphins croisent notre route lentement avec parfois des sauts qui nous enchantent. Le vent nous déhale à moins de 3 noeuds. A ce rythme là on arrivera à Espalmador après demain ! Puis il tombe complètement, la mer est à peine agitée d’une molle ondulation, on se croirait au mouillage sur une immense piscine bleu outremer. Je plonge à l’étrave du bateau puis nage pour attraper le bout attaché à la bouée couronne qu’on met à l’eau quand on se baigne en mer, je suis fascinée par le bleu profond de la mer, Claire est venue me rejoindre. On se sent bien là toutes les deux en harmonie avec la nature, les dauphins tout proches mais pas assez curieux pour venir au contact.

Le soleil se couche, on remet le bateau en marche, poussé par la risée Perkins.

La nuit s’est passée paisible sous un beau clair de lune mais toujours au moteur. Répartition des quarts : Valérie de 11 h à 1 h 30, Olivier de 1 h 30 à 4 h 30, Valérie de 4 h 30 à 7 h.
A 9 h 30, brève escale à Santa Eulalia (Ibiza) pour refaire le plein de gasoil, puis route sur Espalmador qu’on atteint à 12 h 30.

En arrivant, notre programme est déjà prêt : un plouf collectif dans les eaux chaudes et claires, suivi d’un apéro et d’un bon déjeuner. Mais voilà c’était sans compter sans les incessants « merd-mouillages » comme dit Olivier ! On sait qu’à Espalmador, (comme ailleurs de toute façon), il faut rechercher les plaques claires de sable, et éviter les algues pour être sûr de la tenue de l’ancre... mais évidemment nous ne sommes pas seuls et il faut composer avec la flottille déjà en place. Au 1er essai, l’ancre décroche très rapidement, on relève le tout (merci le guindeau électrique !) ; 2ème et 3ème essai, aussi peu concluants. Entre temps un bateau a quitté son mouillage et on peut prendre sa place, le mouillage est filé pour la 4ème fois, ça décroche : on relève. On fait un 5ème, puis un 6ème essai, échecs complets, l’ancre ne s’enfoncera jamais. Olivier garde son calme mais au prix d’un important effort sur lui-même et déclare l’ancre responsable. Nous n’avons jamais eu de problème avec notre ancienne FOB pour mouiller ici et dans des conditions pourtant parfois très ventées. On vide le coffre du cockpit pour extraire notre vieille amie à qui nous avons fait des infidélités. Le mouillage relevé, je maintiens le bateau sur place avec le moteur le temps qu’Olivier change l’ancre. Ca y est, c’est prêt, on file le tout, on attends qu’Audélie se mette bout au vent, et on enclenche la marche arrière pour vérifier la tenue (en croisant les doigts). CA TIENT.

Que faut-il penser de tout ça ? Notre première réaction à chaud : notre belle ancre KOBRA est une m..., on en a fait l’acquisition en confiance après la lecture d’un essai comparatif où elle récoltait de très bons résultats (surtout au regard de son prix, qui aujourd’hui nous paraît tout de même saumâtre), loin devant notre ancre FOB. Et pour un an de mouillages, on s’était dit que la tranquillité d’une bonne tenue de l’ancre, c’était tout de même important. Alors toujours à chaud mais on la re-testera bien sûr : on se demande combien « PLASTISHMOC » a garantit de pages de pub au magazine pour être gratifié de si bons résultats. En attendant le prochain test maison, on va en rester là, on pourrait nous accuser de diffamation.

En attendant, gouttons au bonheur d’être ici. On s’installe, d’abord ranger tout le fourbis du cockpit, puis aérer le compartiment moteur, qui a beaucoup donné ces dernières heures (le fantôme installé sur le panneau du carré ventile très efficacement), installer un petit taud au dessus de la cabine des filles pour la maintenir à l’ombre (leur cabane comme elle l’appelle) et le grand taud qui prolonge le bimini.

Emilie et Claire ont sauté à l’eau avec masque et tuba dès la coupure du moteur. Repas expédié et sieste pour tout le monde.

Le mouillage ici est toujours merveilleux, et les deux jours que nous y passons sont parfaits. Baignade dans la piscine bleue à 28°, apéros, repas, promenades... Tout va bien.

Claire profite de cette escale pour devenir définitivement autonome en natation, et comme grande première, elle va du bateau à la plage à la nage avec sa mère. Bravo !

 

Jeudi 10 Juillet à 8 h, le mouillage est relevé pour le départ vers Gibraltar. Un vent évanescent nous incite à monter le spi qui restera 3 heures à poste, puis plus de vent. Nous l'affalons, et évidement, il n'était pas encore dans son sac que le vent se relève. Tant pis, le génois tangoné suffira.

Que du bonheur les deux jours suivant jusqu'au Cap Gata, voiles en ciseaux 12 heures par jour à 4-5 noeuds avec Nestor à la barre (le régulateur d'allure, Nestor étant le fidèle serviteur de capitaine Hadock) et des cavalcades de thons sautants partout autour de nous pendant des heures (sauf sur notre leurre pourtant bien affriolant avec ses couleurs saumons) ou des tortues, le reste du temps au moteur à mi-régime pour compenser la brise nocturne faiblissante.

Que de la galère après le Cap Gata, le vent vire brusquement à l'Ouest, pile dans l'axe, nous commençons à remonter au moteur appuyé par la grand-voile en tirant des bords légers, puis la mer et le vent montent et le matin du deuxième jours à ce régime, nous n'avançons plus. Inutile de continuer au moteur, nous tirons de vrais bords sous voiles d'abord, grand-voile haute et génois, puis grand-voile à 2 ris et génois à moitié roulé, puis trinquette sur étais largable. D'autre part, nous attrapons un sac poubelle dans l'hélice qui oblige Valérie a faire des prouesses aquatiques dignes des dauphins qui passent régulièrement nous voir, Ensuite, nous cassons la courroie de Vorace (le pilote automatique - Vorace consomme beaucoup), je la répare en cousant et collant un bout de sangle dessus, après nous devons mettre à la cape pour réparer le portique dont un rivet pop a chi... cassé. Nous tenons encore la journée à ce régime, mais la progression vers notre destination n'est pas extraordinaire. Nous décidons de nous arrêter à Malaga, d'abord parce que le baromètre baisse de manière inquiétante, ensuite parce que nous sommes tous fatigués par le tangage prononcé du bateau.

Malaga est atteint en fin de journée dimanche. C'est un accès de type port de commerce. Dès le musoir franchi, nous voyons 3 voiliers au mouillage dans un bassin de l'avant-port en travaux.

Super, va pour le mouillage. Peu de vent, l'ancre (plate !) tombe par 8 mètres de fond. 30 mètres de chaîne, 10 mètres de câblot, et le Kouglof (poids en plomb de 15 kg).

Une bonne nuit de sommeil, et la vie va de suite beaucoup mieux.

Nous faisons connaissance de notre voisin de mouillage, PATAL, un magnifique Carol appartenant à Sylvain et Michelle, jeunes retraités partant tranquillement pour un tour du monde, et qui attendent là pour la même raison que nous. Nous partageons autour d'apéritifs communs le 14 juillet.

Malaga est un jolie ville, pas du tout tournée sur son port. La visite de la Cathédrale est magnifique, et le "mercat" superbement fourni en fruits et légumes bien frais et à des prix très raisonnables.

Le mouillage par contre n'est pas extraordinaire. Il est certes bien protégé, mais les travaux alentours soulèvent une poussière impressionnante qui s'insinue partout. Le vent est monté, si bien que nous encaissons un bon force 6 avec rafales à 7.

La météo prise sur Monaco Radio nous indique une tendance à la baisse pour mercredi 16. PATAL et AUDELIE décident de partir ensemble dès mardi soir pour profiter du calme relatif constaté chaque nuit, en anticipant un peu l'accalmie.

Nous partons ensemble à 22 h 30. Très vite une houle importante est là, le vent plutôt régulier de force 4 avec rafales à 6 ne tarde pas non plus à s'installer. Pendant 13 heures nous plantons des pieux à recouvrir régulièrement la plage avant d'eau verte. A quelque chose malheur est bon, cela permet de repérer facilement des entrées d'eau que je n'avais pas encore réparé, telle le contour de l'aérateur du cabinet de toilette qui laisse entrer à chaque vague un verre d'eau. ou la goutte insidieuse qui tombe sur la table à carte due à une tête de vis non étanchéisée.

Pour parfaire notre bonheur, alors que la température extérieure avait jusque là été estivale voire caniculaire, en une paire d'heures, le thermomètre tombe à 16°, tout comme d'ailleurs la température de l'eau. Bref un temps d'anglais.

C'est vers 11h 30 que nous arrivons à Gibraltar, ou PATAL nous attends depuis une petite demi-heure. Les formalités se font de suite (Autorités Portuaires, Douanes, Immigration), suivi par le plein de gas-oil et nous prenons place à Marina Bay. OUF !

Gibraltar est l'escale incontournable des "sabbatiques", un population nautique très cosmopolite s'y côtoie. C'est sympa. Les horaires des magasins sont anglais : 9h - 18h. Question prix, par contre, il paraît qu'il y a quelques années, de bonnes affaires pouvaient se faire, genre l'Andorre, maintenant, les boutiques sont toujours là, avec leurs boissons, électroniques, et autres, mais les prix sont pour la plupart peu intéressants, voire plus chers que chez nous, à l'exception notable du carburant, 0,35 € le litre. Je trouve chez le ship local la courroie de Vorace.

L'après midi du lendemain, Valérie et les filles partent en balade voir les singes sur leur rocher, pendant que je reste à bord pour finir quelques inévitables bricolages, finir la rédaction et la mise en place du site pour pouvoir aller au cybercafé le mettre en ligne dès le soir. Si tout a pu être fait, nous partirons demain matin pour Porto Santo.

 

   
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