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Tobago - Trinidad

 

   
 

 

31 décembre, en baie de Pirate Bay, malgré une houle encore forte qui rend le mouillage très rouleur, Merlin et Audélie se préparent à finir en beauté l'année 2003. En bons équipages français, nous sommes en mesure de nous offrir un réveillon à la hauteur de la réputation de la gastronomie française ; au menu donc : foie gras (merci encore à Mme Nadal !), asperges et vins français : Tariquet, Bordeaux et Champagne. Et pour la note locale : kingfish (tazar), riz, patates douces et bananes plantains. Repas précédé par une séance cinéma dans le carré de Merlin : la dernière production de Disney fait le bonheur des petits comme des grands. A minuit, un verre de champagne à la main, nous regardons les petits feux d'artifice lancés par les gamins du village.

1er janvier 2004, nous prenons le café sur Merlin après avoir déjeuner de nouveau tous ensemble quand une annexe d'un bateau voisin nous dépose Pierre et Léo, le skipper de Penn Kalet et son fils, qui avaient fait la traversée de la Barbade à Tobago avec Merlin mais qui avaient préféré après une mauvaise nuit de navigation se mettre à l'abri à Scarborough. Nous sommes tous contents de les retrouver, on va chercher Marie-Noëlle et Tom qui sont restés sur la plage. Ils sont arrivés de Scarborough en taxico et nous racontent qu'ils ont rencontré la veille Philippe à Scarborough et ont passé l'après-midi ensemble à Store Bay en attendant son avion. On avait parlé de Philippe à Marie-Noëlle et vice-versa et le hasard les a fait se rencontrer à la gare routière de Scarborough, 2 français se rencontrent, "D'où vous venez ?" "On vient de la Barbade, on voyage en bateau" "Ah oui, comment s'appelle votre bateau ?" "Penn Kalet" "Ah et bien moi je viens de quitter le bord d'Audélie" "Ah bon, alors tu dois être Philippe !"...

On se rend tous à la plage après avoir laissé les annexes à Charlotteville. Les vagues déferlent avec force, les enfants se font entraîner dans les rouleaux et se relèvent en riant aux éclats, les adultes s'amusent tout autant, on ne retourne sur les bateaux qu'au coucher du soleil. Sur le chemin du retour qui traverse la forêt en surplombant la baie on découvre de nombreux cacoyers, on ramasse des cabosses, à l'intérieur les fèves de cacao serrées les unes contre les autres sont enveloppées d'une sorte de pulpe, c'est un régal de sucer ces graines qui ne sont pas encore mûres, la saveur en est fruité. C'est un plaisir tellement simple de découvrir la nature ainsi en flânant, le lendemain on tentera d'aller un peu plus loin dans la forêt pour observer les perroquets verts mais celle-ci est trop dense, on sera vite arrêtés par un mur de végétation et l'éventualité réelle de rencontrer un reptile nous renvoie sur la plage à des plaisirs moins risqués : la baignade et la rêverie.

Le lendemain dès 8 h, les équipages de Merlin et Audélie sont prêts à monter dans le premier taxico qui se présentera pour une visite de l'île. Après un petit moment d'attente, départ pour Argyle Falls. L'accès à ces chutes est payant, nous tentons de faire l'appoint entre Merlin et Audélie, mais comme il n'y a pas de distributeur de billets à Charlotteville, Merlin n'a pas pu tirer de titis depuis son arrivée, et c'est sur les ressources d'Audélie que nous tirons, celles-ci s'épuisant, on préfère donner des dollars US pour payer, bref, au bout de 5 minutes, ni la caissières ni nous ne savons où nous en sommes. Il me semble bien qu'entre mes titis et mes US $, il m'en manque mais je n'en suis pas sûr. La visite des chutes est sympathique, pas sensationnelle, mais agréable dans cette nature tropicale : bambous géants, cacaoyers, caféiers, papayers, manguiers, aucune n'est cultivée, tout pousse à l'état sauvage. Les plantes d'appartement que l'on achète si cher à Jardiland, ici constituent le premier étage de la végétation, à l'ombre des grands arbres.

Les filles et l'équipage de Merlin se baignent dans l'un des bassins supérieurs. En ressortant du parc, nous croisons un groupe de chasseurs : fusils, chiens excités, le groupe stationne sous un arbre prêtant main forte au chasseur en action, progressant à la cime de l'arbre sur lequel il s'est hissé en s'aidant de longs bambous, ici on chasse l'iguane, c'est une viande recherchée. Un peu plus tôt, on avait croisé d'énormes lézards de plus de 80 cm.

A la sortie, la caissière nous interpelle (en anglais, of course) : "Je viens de faire ma caisse et j'ai 20 titis en trop, ils doivent être à vous !" Bravo pour l'honnêteté !

Un taxico nous amène à Scarborough où nous retrouvons Penn Kalet autour d'un pique-nique commun dans le jardin botanique.

L'après-midi sera consacré à une balade dans le marché, à l'achat de quelques provisions introuvables à Charlotteville et au retour effectué à la nuit tombé.

Nous restons encore une journée à Charlotteville à profiter de la superbe plage et le dimanche nous levons l'ancre pour Store Bay qui est sur le chemin de Trinidad et où nous espérons bien manger encore quelques langoustes.

La mer est houleuse et le vent un peu faible. C'est sous génois et au moteur que nous ferons les trois heures de mer. La ligne de traîne est mise en pêche et peu avant l'arrivée, notre ligne se prend dans la quille de Merlin. J'ai pêché un Sun Fizz (bateau de 11 mètres), malheureusement, je ne suis pas arrivé à le remonter et j'ai dû couper la ligne !

Penn Kalet est déjà mouillé là, et nous passerons 3 jours à manger du poisson et des langoustes, à nous promener et à nous baigner dans cette baie splendide. Nous referons aussi le réveillon car il avait été prévu quand nous étions à la Barbade de le faire les 3 bateaux ensemble. Soirée bien agréable, où les enfants (6 en tout) étaient sur Audélie avec des vidéos et un talkie-walkie pour nous joindre, la cuisine sur Penn Kalet afin de ne pas surchauffer Merlin sur lequel le repas se tenait.

Jeudi à 4 h du matin, Merlin et Audélie lèvent l'ancre pour effectuer les 80 miles de traversée vers la baie de Chaguaramas où se trouve le plus gros ensemble de chantiers navals de toutes les Antilles.

Après 3 heures au moteur, nous continuons sous voile en ciseaux avec un force 3 plein sur l'arrière. Un courant nous porte, et c'est finalement à 6 noeuds de moyenne que nous avançons. A 14 h 30, les ancres tombent par 12 mètres de fond dans cette immense rade où des centaines de bateaux de toutes sortes, du voilier au cargo sont mouillés. Départ immédiat pour les formalités d'arrivée qui seront rapides puisque nous venons de Tobago, qui fait partie de la même république, passage par un cyber-café et retour aux bateaux pour examiner avec Christophe les offres des différents chantiers. Les renseignements que nous avons donnent la priorité au chantier Peake, le plus grand, pour son sérieux. Nous décidons de nous y rendre dès le lendemain matin pour prendre rendez-vous pour sortir les bateaux de l'eau si possible lundi prochain.

Au retour sur Audélie, je décide de remouiller, car je me trouve trop près de barges mouillées sur corps morts, et de plus de gros remorqueurs passent entre les barges et nous. La manoeuvre est vite expédiée, la tenue du mouillage testée, tout va bien !

Vendredi matin, dès 8 heures, nous nous rendons au chantier Peake en annexe. De gros panneaux ouverts sur la baie indiquent les chantiers, et tous ont un ponton à annexe. Accueil cordial, mais lundi prochain c'est complet, on ne pourra nous lever que mardi. "Et maintenant, ce serait possible ?" C'était possible si on se dépêchait car des rendez-vous étaient pris pour 10 heures. Le tarifs étant moitié moins élevés qu'en France, on fonce et on décide de commencer par sortir Audélie qui peut manoeuvrer plus vite grâce à son guindeau électrique. Un quart d'heure plus tard, on remonte l'ancre et surprise, elle est totalement bloquée dès les premiers mètres. Il faudra une demi-heure de manoeuvres au moteur, avant/arrière, droite/gauche en se disant qu'on allait devoir abandonner le mouillage avant que d'un coup, ça se débloque.

On se présente dans la cale du chantier ou 4 ouvriers nous attendent pour prendre nos 4 amarres. Le travelift, énorme, se rapproche, et un plongeur saute à l'eau pour caler les sangles. Impressionnant ! Audélie est levé, le travelift recule sur la zone, et un ouvrier le passe immédiatement au Karcher, un quart d'heure plus tard, ses fonds propres, il est chargé sur une plateforme mobile qui l'emporte vers sa zone de stockage ou d'autres ouvriers le calent, pendant que le travelift hisse Merlin hors de l'eau. A 10 heures, les 2 bateaux sont sur cale, les fonds déjà propres ! Nous sommes impressionnés par le professionnalisme du chantier. La fin de matinée se passera à chercher un bon antifouling. Nous achetons ensemble un bidon de 20 litres de Jotuns de haute qualité qui est de loin même en payant à 2 le poste le plus onéreux du carénage.

Le chantier a une cinquantaine d'employés, du jardinier à l'électricien, mécanicien. Un magasin d'accastillage bien fourni, un cyber-café, une zone de jeux pour les enfants, une aire de pique-nique avec barbecue, des douches et toilettes dignes de campings 4 étoiles. C'est d'ailleurs un peu comme un camping, où tout le monde vit à bord de bateaux sur cale. Enfin, presque tout le monde, car certains, n'aiment pas ça, aussi, le chantier possède une dizaine de chambres d'hôtel et un restaurant. Il y a une dizaine de chantier à l'image de celui-ci.

Mauvaise surprise sur Audélie, l'antifouling précédent, le moins cher que nous avions trouvé, n'adhère pas suffisamment pour le recouvrir du nouveau, mais résiste tout de même assez pour nous obliger à l'enlever en le raclant pour remettre la coque à nu. Cette opération nous prendra 2 jours de grattage pénible. L'ancienne anode d'arbre s'était desserrée, et a abîmé un peu la coque au niveau de l'entrée d'arbre dans la coque. Nous avons décidé de remonter la ligne de flottaison en y englobant l'ancienne bande décorative. Les tâches s'effectuent tranquillement, entre les pauses barbecues que les enfants préparent. Penn-Kalet, resté quelques jours supplémentaires à Tobago, est arrivé, les enfants sont heureux de se retrouver.

Dès le mardi, les travaux de peintures et les diverses réparations sont terminés. On peut maintenant partir à la découverte de l'île. Nous partons en taxico pour l'après-midi à Port of Spain, la capitale. Nous nous promenons dans cette ville où la criminalité par rapport à Tobago est importante et qui laisse une curieux mélange d'activité à l'occidentale et de tout petits commerces africains ou indiens. On fait quelques achats en sillonnant des rues bruyantes, de nombreux commerces : pharmacies, comme fast-food ou boutiques de téléphonie mobile servent leurs clients à l'abri de guichets derrière des grilles, est-ce si dangereux ? Pourtant c'est la sortie des classes et les collégiens rentrent chez eux, sans hâte ; ils sont tous en uniforme : chemisier et jupe longue, tennis blancs immaculés, cheveux impeccablement peignés et nattés de jolis rubans pour les filles, culottes courtes pour les garçons... rien à voir avec les "baggies" qu'affectionnent les jeunes français, et au risque de paraître vieux jeu je trouve tous ces jeunes gens fort agréables à regarder. La ville a de nombreux édifices coloniaux souvent mal entretenus côtoyant des buildings de verre et d'acier, dont 2 grandes tours qui s'appellent les "twins towers" et une construction ultramoderne abritant la bibliothèque nationale. En retournant à la gare routière, on entre dans un magasin "Iinternational carnival supplier", où on trouve tout, absolument tout pour préparer les somptueux costumes du carnaval. Cette année, il se tiendra vers la fin février et on regrette de ne pouvoir rester si longtemps à Trinidad dont le carnaval est réputé pour être le plus beau du monde.

On déguste une bonne glace à la gare routière, le chauffeur qui nous avait conduit à l'aller nous a repérés, on embarque et dépassons tout la file des taxis qui protestent à la plus grande joie du chauffeur. En route, on s'arrête pour acheter du poisson au marché, d'autres passagers en profitent pour en faire autant, pendant ce temps une dame qui vend des fruits sur le trottoir offre des oranges à Claire, elle semble aussi fascinée par la blondeur et les yeux bleus de Claire que je le suis par la beauté des enfants de ce pays. La population de Trinidad et Tobago, 1 250 000 habitants (dont 1,2 million pour Trinidad seule) est un mélange de l'Afrique (41 %), de l'Inde pour la même proportion, de l'Europe (1 petit pour cent) et de la Chine pour la même proportion , le métissage complétant cette répartition ethnographique. L'origine africaine s'explique par l'esclavage bien évidemment mais pourquoi autant d'Indiens ? Et bien justement aussi en raison de l'esclavage ; lorsque celui-ci a été aboli, l'Angleterre a fait venir de ses colonies indiennes des travailleurs pour remplacer dans les plantations de canne à sucre les esclaves noirs libérés.

A l'approche du chantier, on ramasse du bois sur le bord de la route pour faire un barbecue, en arrivant, les deux foyers sont allumés, une quinzaine de plaisanciers de différentes nationalités se sont donnés rendez-vous, les américains ont déjà mis les bières au frais dans de grands seaux remplis de glaçon mais pas de problème on peut se joindre à eux. Soirée agréable.

  

  

Nous décidons de remettre à l'eau mercredi et de prendre place ensuite quelque jours à la marina du chantier qui possède une dizaine d'emplacements, ça nous permettra d'effectuer quelques travaux supplémentaires : la réparation de l'éolienne qui a pris du jeu sur son mat, une vidange du moteur, réparer aussi l'annexe qui n'a pas apprécié les coraux de Store Bay, un nettoyage tant intérieur qu'extérieur en profondeur.

La remise à l'eau s'effectue sans incidents mais la prise des emplacements de la petite marina est délicate car il faut contourner un quai et les 2 bateaux déjà en épi et ne pas se rapprocher non plus de l'autre côté ou les fonds remontent très vite, cela laisse une marge de manoeuvre de moins de 10 mètres dans laquelle il faut tourner. Je bénis une fois de plus les qualités d'évolution d'Audélie en marche arrière.

J'attaque de suite la réparation de l'éolienne, desserrage des boulons en tête de son mat, une des têtes de boulon foire et c'est à la pince étaux que je l'extrais. je descends l'éolienne fort lourde, et place rapidement un joint fait avec une chambre à air autour de l'axe et la repositionne sur son mat. je l'enfonce bien, puis comme cet axe est creux, je me demande bien pourquoi un double boulonnage était prévu alors qu'ils suffit de traverser entièrement avec un boulon long et de mettre un écrou, et en plus ça serre mieux. Une heure plus tard, fier de moi et de ma réparation, tout est remis en place juste avant un petit grain. Valérie remonte à bord en attrapant le pataras et le balcon et pousse un petit cris : "j'ai chopé le jus, c'est normal ?" je m'interroge, c'est curieux..., je sors le testeur, le noir sur le pataras, le rouge sur le balcon et ça me donne 15 volts, je teste différents endroits du gréement, j'ai du courant partout, la génération spontané, quoi ! Je coupe l'électricité, toujours du jus, je coupe tout les circuits, toujours du jus, je débranche les batteries, encore 15 volts, je n'incrimine pas l'éolienne puisqu'il n'y a pas de vent et qu'elle ne tourne pas. Christophe vient à la rescousse et pense à un court jus dans le panneaux solaire, effectivement, il donne 15 volts en ce moment, il faut donc trouver le court jus : problème, à aucun moment les fils ne touchent les balcons... Et puis, une idée fugasse me vient... quand j'ai installé le panneau solaire, je l'ai branché sur le fil de l'éolienne... Donc le panneaux donne 15 volts, la ligne d l'éolienne est électrifié, et elle, elle a son mat soudé sur le balcon, donc, j'ai du foiré le remontage quelque part, je pense en particulier au domino qui a supporté le poids de l'éolienne pendant que je plaçais le joint. En début d'après-midi, je re-démonte, vérifie les dominos qui ont l'air bons, je teste, tout semble rentré dans l'ordre, je remonte le tout, les bras en l'air en équilibre sur le balcon arrière, serre a fond et re-teste... le courant est revenu ! Très contrarié, je démonte tout à nouveau, et décide de déposer l'éolienne complètement, et là je comprends pourquoi il fallait deux boulons qui ne traversent pas l'axe : les fils y passent !

Donc, j'ai maintenant une éolienne en panne avec les fils détruits dans l'axe. je commence son démontage en me disant : vu le montage, je n'arriverais jamais à la remonter. Après une heure de bricolage, j'accède afin aux fils et je peux en ressouder deux nouveaux. Miracle, j'arrive à tout remonter, ce coup ci, j'ai prévue de laisser un emplacement pour le boulon traversant. Il fait nuit depuis une heure quand, enfin tout est remis en place. Je teste et je suis contrarié pour de bon, c'est comme si je n'avais rien fait. Ecoeuré, je laisse tomber, d'autant que nous avons prévue de louer une voiture demain pour la journée

Merlin et Audélie ont réservé 2 voitures, au demeurant pas chères, 120 TT chacune pour visiter l'île ce jeudi. Comme l'agence ouvre à 9 h 30, àl'heure dite nous y sommes. Léo et Tom de Penn Kalet nous accompagnent. L'agence est encore fermée, et l'employée arrive tranquillement à 10 h et nous informe que nos voitures n'arriverons que vers 11 h, en contrepartie on pourra les garder jusqu'à 15 h le lendemain. On attends. A 11 h, elle nous informe qu'elle en a une, que nous n'avons qu'a partir avec tous ensemble pour aller chercher la seconde à Port au Spain, à 15 km de là. Comme nous sommes 10, la chose ne nous paraît pas très réaliste, aussi Christophe et moi partons seuls pour récupérer le second véhicule. Il nous faudra une heure, entre la conduite à gauche à la mode tropicale et le fait qu'il n'y a pas de panneaux sur l'île pour revenir chercher nos troupes. Nous pouvons partir pour notre balade à 12 h 30. On descends au sud, la route longe le Golfe de Paria parsemé de nombreuses plateformes d'extraction et de raffineries qui constituent la première région pétrolière du Commonwealth.

Notre but est un lac d'asphalte de130 hectares et 100 mètres de profondeur.. Un guide officiel nous commente cette très intéressante visite où toutes les explications nous sont données sur cette curiosité géologique, il n'en existe que trois dans le monde. Le bitume remonte en surface en énorme bulles qui finissent par se mixer entre elles. Ce goudron est exploité et se renouvelle constamment à condition de pomper l'eau qui remplace assez vite les trous d'extraction car à ce moment là, la pression de l'eau empêche le goudron de monter. Nous marchons sur du bitume dur comme sur une route et tâtons le goudron mou fraîchement remonté à la surface. Le "clou" de la visite sera la baignade dans des eaux sulfurées dans un trou de goudron, eau aux qualités appréciés pour la baignade par les habitants du coin, car elle est un bon répulsif à moustiques, très agressifs dans la région. Certains passages de la visite nous obligerons à nous immerger jusqu'aux cuisses pour les plus grands ou jusqu'à mi ventre pour les tailles inférieures. La fin de la visite fera place a de longues négociations sur le tarif du guide et de son "démonstrateur" comme il l'appelle, car nous avons oublié la règle numéro un locale : négocier avant !

Au retour, une voiture rentre directement avec Christophe et les enfants aux bateaux, l'autre fait une escale par le grand supermarché de la capitale pour un bon avitaillement.

Le lendemain, départ au lever du soleil, but de la promenade du jour : une réserve naturelle d'arbres, de fleurs, d'oiseaux et de papillons. L'itinéraire a été étudié sur la carte. Malgré cette précaution, il ne sera pas facile de s'y retrouver, la signalisation est inexistante, on devine qu'on a changé de commune parce que telle devanture annonce "boulangerie de Dinsley", tient on a donc quitté Tunapuna ! Souvent on se retrouve devant un panneau "accès interdit par décision de police" sans aucune proposition de déviation, on finit par tracer notre chemin à la boussole ! La route devient ensuite montagneuse, sinuant dans une forêt dense, le macadam est creusé de profondes ornières, sur notre gauche : le vide, les croisements sont hasardeux, les bas-côtés ne sont pas matérialisés, seuls quelques passages sont bordés de protections de bambous, on ne se risquera pas en tester la résistance.

La visite de Asa Wright Center nous déçoit, rien de plus finalement qu'une promenade en forêt tropicale pour un prix non négligeable. Au demeurant , la demeure coloniale qui héberge ce centre d'étude de la nature est très belle, et les colibris et autres oiseaux très colorés qui viennent se nourrir devant la terrasse permettent à de riches touristes de profiter d'un agréable séjour dans les lodges en contact direct avec la nature. On sera tentés de prélever quelques fourmis rouges pour les rajouter à notre pharmacie de bord, elles sont les steril-strips des indiens caraïbes : on en applique une sur les bords de la plaie, elle y plante ses mandibules, il suffit de sectionner la tête, le point de suture est fait et il est solide.

       

Nous rendons les voitures à 15 h 30. De retour sur Audelie, je me remet de suite à mon éolienne, re-démontage complet, re-soudure de nouveaux fils, remontage avec deux boulons non traversants. A 18 h, tout est en place, et enfin, ça fonctionne correctement sans m'électrifier le bateau.

Samedi matin, le CNED un peu délaissé reprend ses droits. J'effectue quelques petits travaux supplémentaires. L'après-midi, nous partons en Taxico avec les équipages de Merlin et de Penn Kalet pour le Sanctuaire des Oiseaux de Caroni à 30 km d'ici. Cette réserve de 6000 ha se visite en barque, on sillonne la mangrove : des palétuviers sur des kilomètres de rivière aux multiples bras, seul la barque permet de parcourir ce parc où les branches s'enchevêtrent, les berges sont impraticables. A notre passage des oiseaux s'envolent : hérons, aigrettes, cormorans, ibis rouges des serpents restent lovés sur des branches au dessous lesquelles nous passons. A mi parcours, une plateforme d'observation permet de voir au dessus des palétuviers, mais plus que le spectacle de cette vue magnifique, l'attention sera mobilisée par un serpent vert émeraude qui bloque l'accès au haut de la plateforme, et que notre arrivée a rendu furieux, il siffle et semble décidé à attaquer tout ce qui s'approche. Christophe arrive à le chasser avec la housse de sa caméra, il fuit et se laisse tomber à l'étage en dessous sur les enfants qui attendaient la suite des événements. A la redescente, il nous attendait à une volée de marche du bas nous empêchant de retourner à la barque. La housse rentre à nouveau en action, mais il l'attaque sans reculer, et il faudra un moment pour qu'il se décide à partir.

       

       

Belle trouille collective, sourire du guide resté en bas et qui amène ensuite à un lac et immobilise la barque contre les palétuviers. Il nous explique que les ibis rouges vont toujours passer la nuit dans le même bosquet d'arbres qui est en face de nous. En effet, de somptueux vols de flèches rouges passent au dessus de nous pour se poser sur les arbres. Sur des arbres voisins des aigrettes, et dans d'autres des cormorans. Le rouge, le blanc, le noir, les trois couleurs du drapeau de Trinidad sont ici réunies. Le vol de ses oiseaux est majestueux et le tableau qu'ils composent en touches de couleurs une à une ajoutées est magnifique. Les enfants se sont tus, aucun bruit ne vient troubler l'harmonie de la nature. Un peu avant la nuit, notre guide nous propose de rentrer, car en même temps que le coucher du soleil, dans ces marécages les moustiques se lèvent, et c'est nettement moins majestueux que le coucher des ibis. En rentrant, un caïman plongera de la berge à notre approche, nous débarquons à la nuit tombante, et il était temps, l'attaque sauvage des taons et des moustiques a commencé.

Dimanche, poursuite du CNED et des petits travaux, au programme de la journée, la vidange et début du grand nettoyage du pont.

La vidange devait être vite faite, c'est compter sans la loi de Murphy qui s'est à nouveau invité. Vidanger un moteur de bateau, ce n'est pas comme sur une voiture puisqu'on n'accède pas au dessous du moteur. Il faut démonter le guide de la jauge d'huile, puis introduire une petit tuyau dans l'orifice et pomper. L'opération m'a pris une demi-heure, puis tout content je remonte le tout, nettoie tout, et remet l'huile neuve achetée quelques jours plus tôt, je fais tourner un peu le moteur avant de compléter le niveau final. Au moment de passer au deuxième bidon, je me rend compte qu'il n'est pas exactement comme le précédent. J'avais pris les 2 bidons sur la même gondole du magasin, persuadé que c'était les mêmes, et bien non, non seulement ce ne sont pas les mêmes, mais en plus ils sont incompatibles, et pour finir, c'est le mauvais que j'ai mis en premier. Ben y a plus qu'à tout recommencer, mais en changeant les filtres en plus pour se débarrasser de toute l'huile.

Valérie s'est attaquée au nettoyage du pont, elle y a passé l'après-midi pour désincruster des petites taches de rouilles.

Nous continuons le nettoyage toute la journée de lundi en prévision du départ prévu pour demain. Nous pensons partir seuls car Merlin a encore quelques travaux à finir.

Mardi matin, nous pensons récupérer les bouteilles de gaz confiées il y a une semaine à l'usine de gaz du coin. Elle ne sont pas là, peut-être ce soir. Pourrons nous partir dans la foulée ? Ce n'est pas sur, je voulais partir à 16 h pour avoir le temps de franchir la Boca de Monos, le passage entre le Vénézuéla et Trinidad au nord du Golfe de Paria dans lequel nous nous trouvons et m'éloigner un peu de Trinidad avant la nuit. Enfin, nous verrons bien !

Nous allons partir pour Grenade et le Grenadines avant de remonter en Martinique pour le 7 février où Isabelle et Philippe nous rejoignent pour 10 jours.

 

   
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